Aid'Art

Femmes de Tahiti ou Sur la plage, Gauguin, 1891

by Vincent on nov.23, 2009, under GAUGUIN Paul, Les NABIS, SYMBOLISME

gauguin.femmes-tahiti

Paul Gauguin, Femmes de Tahiti, 1891

Huile sur toile signée en bas à droite

Paris, Musée d’Orsay


Au printemps 1892, Gauguin avait besoin d’argent pour payer son voyage de retour en France, et il redoubla d’efforts pour trouver des clients sur place. Vers le début Juin selon toute apparence, il réussit à vendre Femmes de Tahiti à Charles Arnaud qui était venu faire son service militaire à Tahiti et s’y était établi comme négociant ( Danielsson 1975 99 100 et 106) Cette œuvre singulière, manifestement exécutée avant que Gauguin n’ait commencé à inscrire des titres tahitiens sur ses peintures, resta inconnue en France jusqu’en 1920. Pourtant, le fait que Gauguin ait exécuté tout de suite après une variante de cette composition donne une idée de l’importance qu’il lui accordait. Même si la correspondance entre Gauguin et Daniel de Monfreid ne permet pas d’établir la date de son envoi en France, on sait en outre que cette deuxième version, sur laquelle est inscrit le titre Parau api (les nouvelles du jour), comptaient parmi les dix peintures qui arrivèrent à Copenhague le 13 Mars 1893 pour y être exposées. Edvard Brandes l’acheta aussitôt. Cet achat contraria Gauguin qui comptait présenter l’œuvre à son exposition à Paris en novembre de la même année. (Malingue 1946, 249). Parau api ne diffère sensiblement de Femmes de Tahiti que par quelques aspects : tandis que le sol est d’une couleur ocre relativement assourdie dans la première version, il est d’un jaune de chrome vif dans la seconde ; et la femme assise à droite porte un paréo rayé dans la deuxième version, au lieu de la robe de mission qu’elle avait dans la première.

Mais la différence la plus curieuse est sans doute l’ajout d’un pilier de balustrade semblable à ceux que l’on installait couramment autour des terrasses des maisons coloniales à Tahiti. Ce pilier, joint aux lignes obliques visible dans la partie ocre ou jaune de chacune des deux versions, laisse supposer qu’aucun de ces tableaux ne représente une plage, malgré le titre traditionnellement donné à la peinture du musée d’Orsay. Gauguin a sans doute voulu cette ambiguïté dans l’arrangement de la scène. Les lignes blanches sur le fond noir évoquent des vagues dans le lointain, mais les contours réguliers des zones de couleur adjacentes font plutôt penser à une architecture. Comme c’est de toute évidence le même modèle qui a posé pour les deux personnages, le mot « femmes » au pluriel dans le titre est aussi sujet à caution que la « plage ». Le personnage nonchalant de gauche porte le même paréo que la Vierge Marie dans Ia orana Maria, et une fleur de tiaré sur l’oreille droite. Les lignes fort peu élégantes de son dos et de son profil (que l’on retrouve tourné de l’autre côté dans un dessin) rappellent un peu celles du grand nu que Gauguin avait présenté à l’exposition impressionniste de 1881. L’attitude impassible du personnage de droite est très proche de celle que Gauguin a croquée à l’aquarelle dans un de ses carnets de Tahiti. Cependant, l’artiste a cherché ici à suggérer un semblant d’émotion, en indiquant un mouvement des yeux de Teha’amana, provoqué par quelque évènement extérieur au tableau (peut-être les « nouvelles » évoquées dans le titre de la seconde version).

Le personnage assis en tailleur est occupé à tresser des fibres de palmier, ce qui permet peut-être de rapprocher ce tableau de l’œuvre apparemment impossible à identifier que Gauguin a désignée par « femme faisant chapeau » dans son inventaire de 1892. Mais ici, il s’agît plus d’indolence que de travail, et le propos artistique de Gauguin était avant tout d’orchestrer une harmonie de couleurs décorative, striée de rehauts blancs, où les fibres de palmier, la boîte d’allumettes et les rubans dans les cheveux introduisent des tons de jaune et de rouge qui se répondent.

Le plus remarquable dans Femmes de Tahiti, c’est encore la composition. Au regard des conventions picturales du XIXè siècle, les deux personnages qui se chevauchent légèrement paraissent entassés, comme si l’artiste les avait observés en gros plan sans se soucier vraiment de les situer dans l’espace. Alors que chez d’autres peintres, deux personnages aussi serrés auraient pu devenir un détail dans une composition comportant davantage de figures, Gauguin a donné un aspect monumental à leur activité insignifiante en les isolant de cette façon, selon un procédé pour lequel il n’existe pas de précédent direct. A cet égard, la peinture qui préfigure le mieux Femmes de Tahiti est sans doute Sur la plage de Manet, que Gauguin avait peut-être vue exposée à Paris au début de 1884. (source Charles F. Stuckey conservateur Art institute Chicago, Galerie nationales du Grand Palais Janv Avril 1989)



:

Leave a Reply

Sites partenaires et liens utiles

Accédez aux différents sites de nos partenaires ci-dessous :

Archives

Une autre façon de trouver ce que vous désirez est de consulter les archives organisées par ordre chronologique.