Port-en-Bessin, avant-port (marée haute), Seurat, 1888
by Vincent on juil.28, 2009, under Galerie Maîtres, NEO-IMPRESSIONNISME, SEURAT Georges
Georges Seurat, Port-en-Bessin, avant-port (marée haute),1888
Huile sur toile, 67 x 82 cm
Paris, Musée d’Orsay,
R.F. 1952-1
- Après deux séjours à Grandcamp en 1885 (Le Bec du Hoc), puis à Honfleur en 1886, Seurat se rend à l’été de 1888 à Port-en-Bessin. Il en rapporte six marines sur toile et renoue ainsi avec un genre qu’il avait sacrifié l’été précédent à l’avancement de deux tableaux de figures, Les Poseuses et Parade de cirque (New York, The Metropolitan Museum of Art). Les paysages « étaient son travail d’été, celui qu’il entreprenait annuellement, au bord de la mer », se souvient Emile Verhaeren, auquel Seurat confiait en 1887: « l’été, se laver l’oeil des jours d’atelier et traduire le plus exactement la vive clarté, avec toutes ses nuances. Une existence en deux divisée en deux par lui-même » (E. Verhaeven, « Georges Seurat », La Société Nouvelle, 1891, p.429-438 repris dans Sensations, 1927, p.198-199). De cette campagne ne subsiste aucune des esquisses auxquelles Seurat avait habituellement recours: ls tableaux ont dû être soigneusement avancés sur le motif avant d’être achevés dans l’atelier parisien durant l’hiver de 1888-1889. Dès le mois de Février 1889, Seurat expose l’ensemble au Salon des XX à Bruxelles, puis à Paris à celui des Indépendants en 1890 (à l’exception toutefois de Port-en-Bessin, le pont et les quais, déjà présenté isolément).
- Comme Grandcamp, Port-en-Bessin est alors un village de pêcheurs, encore peu fréquenté par les touristes. Seurat s’intéresse à de multiples aspects du port, qu’il explore de points de vue différents, en tournant autour de son motif dans un esprit proche d’une démarche développée auparavant par Alfred Sisley. Dans Port-en-Bessin, l’avant-port (marée haute), au contraire de Port-en-Bessin, le port et le quai (1888; Minneapolis, The Minneapolis Institute of Art) pris en contrebas, le peintre s’est placé sur une falaise surplombant le port et lui offrant une « magnifique vue d’où l’on découvre tout le golfe du Calvados jusqu’à Trouville et Le Havre », recommandée par les guides et les cartes postales de l’époque (légende d’une carte postale, vers 1890, repr. dans M.F. Zimmermann, Les Mondes de Seurat. Son oeuvre et le débat artistique de son temps, Paris, 1991, fig. 566, p.149).
- L’effet spectaculaire que devait assurément ménager une telle perspective n’a pas retenu le peintre, qui a satisfait son goût des constructions rigoureuses. Au premier plan, le rebord herbeux d’une falaise découvre les deux jetées du port, avec la halle aux poissons sur la première, le village niché entre des falaises qui se succèdent comme des écrans.
- La composition, à la fois géométrique et asymétrique, repose sur l’alternance des diagonales des falaises et des horizontales formées par les jetées et la ligne de la mer, rythmée par les trois verticales des mâts. Comme souvent chez Seurat, l’ordonnancement géométrique est adouci par des lignes sinueuses (le chemin partant de Port-en-Bessin, les rebords des falaises). Les herbes folles du premier plan introduisent non sans humour une note de désordre dans un paysage immobile et contrôlé. Malgré l’impression d’abandon qui se dégage d’un port et de bateaux exempts de toutes figures, Port-en-Bessin offre une vision harmonieuse et sereine, qui le distingue de Port-en-Bessin, les grues et la percée. (Source Sylvie Patry, De Seurat à Klee, le néo-impressionnisme, Paris, 2005)
