William Murray, 1er comte de Mansfield, Copley, 1783
by Vincent on jan.31, 2010, under COPLEY John Singleton, PEINTURES AMERICAINES
John Singleton Copley, William Murray, 1er comte de Mansfield, 1783
Huile sur toile signée en bas à droite avec une inscription: J.S Copley pinx., 225 x 147 cm
Londres, National Portrait Gallery
William Murray (1705-1793), aristocrate d’origine écossaise, devint un juge et un homme politique de premier plan. Il fut créé baron de Mansfield en 1756 puis comte de Mansfield en 1776 et servit comme Lord Chief Justice durant 32 ans. Peu avant que ce portrait, réalisé par Copley, soit exposé à la Royal Academy en 1783, un journal fit observer, en jouant sur les mots:
« Si un jury des peintres devaient être constitué, il devait être l’opinion qu’il a été rendu justice au noble comte dans ce tableau » ( Morning Herald, 23 avril 1783)
Le portrait reflète effectivement la double carrière judiciaire et politique, de Mansfield, représenté consultant des manuscrits, coiffé d’une perruque de juge tandis que, par dessus son costume noir, il porte la tenue d’un membre de la Chambre des lords. Le buste au-dessus de la porte pourrait être identifié avec l’un de ceux que possédait Mansfield à Kenwood House, sa demeure près de Londres, représentant son ami, le poète Alexander Pope (Ingamells, 2004, p.329-330)
Si l’on écoute la critique de l’exposition de 1783, ce portrait était l’un des plus ressemblant et la presse se montra dans l’ensemble favorable.
Le portrait de Mansfield s’inspirait en fait d’un tableau antérieur de Copley qui avait contribué à le mettre en « vogue »: La Mort du comte de Chatham (1779-1781). Cette oeuvre montrait la dramatique scène au cours de laquelle l’ancien Premier ministre s’effondra à la Chambre des lords pendant qu’il argumentait contre la reconnaissance de l’indépendance américaine. Pour dépeindre cette scène, Copley fit des études des membres de la Chambre des lords. »Le fait que Mansfield ait probablement posé pour son portrait est suggéré par l’existence d’un dessin de sa tête au carreau » qui a survécu (Prown, 1966, p.285, fig 406) Les portraits plus tardifs de Mansfield et deux autres modèles (comte de Bessborough, et le vicomte Dudley et Ward) s’inspirèrent tous de La Mort du comte de Chatham:
» De cette manière, Copley, tout d’abord gagnait du temps, faisant en sorte que les séances de pose initiales servent deux fois, et obviant à la nécessité de les répéter. En deuxième lieu, le portrait terminé faisait référence à la fois à l’individu et à son rôle au cours de l’évènement raconté dans la peinture d’histoire » (Neff, 1995, p.70)
Dans les nombreux dessins préparatoires ont peut voir la position de la tête demeure constante alors qu’il cherche à placer le corps suggérant que le modèle ne posa pas de nouveau pour le peintre. La conception finale du portrait resta très proche de la représentation de Mansfield dans la peinture antérieure. Il est cependant peu vraisemblable que Mansfield ait lui-même sollicité cette reprise du tableau d’histoire; en effet, la réalisation de La Mort de Chatham « fut entourée de pièges politiques, et, dans sa représentation du comte de Mansfield, Copley pourrait bien être tombé dans l’un d’eux (Prown, 1966, p.285). Mansfield était un opposant de longue date de lord Chatham et, comme l’a noté l’un des critiques du tableau: « Lord Mansfield se distingue du reste en étant représenté assis, alors que la « crainte sympathique » a fait se lever tous les membres de la Chambre. Ceci fait bon effet pour ceux qui savent que Lord Manfield doit avoir ressenti quelque secrète satisfaction de la mort probable de celui qui avait été toujours son fléau et sa terreur » (St James’s Chronicle, 9-12 1781). Intentionnellement ou pas, le tableau de Copley attira sur Mansfield une attention réprobatrice: « Mansfield pourrait difficilement avoir été content de la façon qu’avait eue Copley d’insister sur son indifférence, et il est difficilement concevable qu’il ait ensuite commandé son portrait à Copley » (Prown, 1966, vol.II, p.285).
En fait, si l’on doit en croire une information parue dans la presse, ce portrait ne fut pas commandé par Mansfield mais « peint pour le juge Buller. D’autres portraits de ce lord sont, croyons-nous savoir, commandés à l’heure actuelle par différents représentants de la Loi, soit du parquet soit du barreau » (Morning Chronicle, 30 avr 1783). Francis Buller « avait de bonnes raisons de flatter » Mansfield: c’est grâce à la recommandation de celui-ci que Buller avait été nommé en 1778 à la Cour du banc du roi, à l’âge extrêmement précoce de 32 ans (Neff, 1995, p.52). Bien que le Mansfield soit finalement passé au fils de Copley, il est possible que Buller, mort en 1800, l’ait possédé avant cette date (Ingamells, 2004, p.329)
Quoi qu’il en soit, Copley lui-même pourrait avoir accueilli favorablement l’occasion de s’excuser en peinture en donnant de Mansfield une représentation plus flatteuse. Même si la conception finale repose toujours sur le portrait antérieur, le ton a complètement changé. Le personnage passif de La Mort du comte de Chatham regarde ici fixement le spectateur, tout en saisissant fermement un décret législatif, comme un commandant le ferait de son bâton (Neff, 1995, p.52) (Source Simon Mac Donald)
