Samuel Adams, Copley, vers 1770-1772
by Vincent on mar.23, 2010, under COPLEY John Singleton, PEINTURES AMERICAINES
John Singleton Copley, Samuel Adams, vers 1770-1772
Huile sur toile, 127 x 102 cm
Boston, Museum of Fine Arts
Ce portrait de Samuel Adams (1722-1803), considéré comme le père de l’indépendance américaine dont on pense qu’il fut commandé par son ami John Hancock, lui aussi patriote, marque un changement important dans les dimensions iconographiques des portraits de l’artiste (Troyen, 1995-1996, p.277)
Fin de l’utilisation des estampes anglaises, fin des années 1770, comme sources pour les poses, les vêtements et les accessoires de ses modèles. Adams est représenté sans les nombreux détails qui auraient normalement figuré à l’arrière-plan d’un portrait de ce genre. Au lieu de cela, Copley choisit de se concentrer sur la personnalité de son modèle. Celui-ci placé devant un simple fond, domine l’espace pictural de la toile.
Cette oeuvre illustre la confrontation entre Adams, venu défendre les droits des colons, et le gouvernement Thomas Hutchinson le lendemain du Massacre de Boston qui eut lieu le 5 Mars 1770 (Troyen, 1995-1996, p.277). A ce titre, Samuel Adams s’avère bien proche de la peinture d’histoire dont il respecte subtilement la dimension narrative.
Il est ironique que Copley ait peint le portrait d’Adams, étant donné que ce dernier devait, un an plus tard, susciter la Tea Party de Boston, acte de rébellion des colons américains contre la taxation imposée par les Anglais sur cette denrée. Le thé jeté dans le port de Boston à cette occasion appartenait aux beaux-parents de Copley. Le fait que l’artiste ait accepté la commande souligne sa position quelque peu ambiguë vis-à-vis de la politique américaine (Staiti, 1995-1996, p.43-47 et Troyen, 1995-1996, p.277). Marié à Susanna Farnham Clarke, issue d’une famille de loyalistes convaincus c’est-à-dire fervent partisans du roi d’Angleterre -Copley pouvait difficilement défendre l’indépendance des colonies. L’artiste et le portraituré était tout de même d’accord sur la lutte contre la lourde taxation des imprimés imposée par Georges III avec le stamp act de 1765.
Le sujet de cette oeuvre, portrait le plus ouvertement politique de Copley est spécifiquement antiroyaliste. Adams affronte Hutchinson, représentant de la couronne anglaise, pour demander que les troupes britanniques quittent Boston après que des soldats anglais eurent tué quelques colons lors des évènements nommés le Massacre de Boston. Les documents dépeints par Copley rappellent spécifiquement cette circonstance. Sur la table, Adams désigne avec autorité le sceau du Massachusetts et un impressionnant rouleau de parchemin sur lequel on peut distinguer les mots « Charte de Will(ia)m and Ma(ry) au Massachusetts » qui rappelle les privilèges que lui accordèrent au XVIIè siècle les souverains Guillaume et Marie (Parker et Wheeler, 1938, p.18). Il tient roulée dans sa main une pétition signée par les habitants de Boston pour protester contre le massacre; sur cette plainte officielle, on peut voir les mots « Instructions de … ville de Boston ». Adams écrivit par la suite à propos de Hutchinson: « Ce fut alors, si mon imagination ne me trompe pas, que je vis ses genoux trembler. Il me sembla que son visage pâlissait (et ce spectacle me fit plaisir) lorsqu’il vit les citoyens déterminés demander péremptoirement que l’on donne satisfaction à leurs revendications »(Samuel Adams à James Warren, Boston 25 Mars 1771, Warren-Adams Letters, p.382)
La représentation par Copley de ce moment déterminant est sobrement conçue. Le seul arrière-plan visible est une rangée de colonnes monumentales qui se fondent dans les sombres lointains de l’oeuvre. En dépit de sa silhouette trapue, Adams se tient droit et déterminé, la mâchoire ferme et le regard direct. Il est simplement vêtu d’un costume brun-roux mis en valeur par le col et les poignets blancs de la chemise. Ces vifs accents blancs servent à souligner le centre de l’intérêt de l’image, le visage et les mains d’Adams (ceux-ci, à leur tour, attirant l’attention sur les documents qui constituent l’argument narratif); Adams est dans une position presque frontale, son visage légèrement tourné, et son corps forme un angle par rapport au spectateur, de sorte que la vive lumière de biais frappe ses traits pour rendre ce portrait plus dramatique. Copley sait exprimer l’importance de la scène tout en conservant un héros ordinaire; Adams appartient visiblement à la classe moyenne, il est de caractère honnête et profondément américain, un chef courageux est sans concession défendant les habitants du Massachusetts. (Source Vivien Greene)
