Georges Washington (Le Portrait Munro-Lenox), Stuart, vers 1800
by Vincent on jan.25, 2010, under PEINTURES AMERICAINES, STUART Gilbert
Gilbert Stuart, Portrait de Georges Washington (Le portrait de Munro-Lenox), vers 1800
Huile sur toile signée sur l’entretoise de la table: G.st, 258 x 178 cm
New York, The New York Public Library (Astor, Lenox and Tilden Foundation)
Gilbert Stuart, à coup sûr, le plus important peintre de portraits à l’époque fédérale en Amérique, produisit nombre de représentation de Georges Washington dans des formats très divers: en pied ou à mi-corps, en habit formel ou militaire. L’image que nous nous faisons de Washington aujourd’hui a pour source principale celle que Stuart immortalisa par la peinture il y a plus de deux cents ans.
Après avoir vécu dans les îles britanniques où il s’était rendu en 1775, d’abord à Londres puis à Dublin, il rentra aux Etats- Unis en 1793, en partie dans le but de peindre un portrait de Washington (Baratt et Miles, 2004, p.79). Après un bref séjour à New York, il partit en 1794 pour Philadelphie alors la plus grande agglomération des Etats-Unis et la capitale temporaire du pays (idem, p.129). Il y établit sa demeure et son atelier et peignit en 1795 sa première image de Washington; cette oeuvre est probablement perdue (Baratt et Miles, 2004, p.134 et Evans, 1999, p.60).
Stuart avait toujours eu l’intention de réaliser des répliques de ses représentations de Washington, sachant que cette démarche s’avérerait lucrative étant la demande naturellement importante de la part des notables de la nouvelle nation et les commandes qui se succédaient rapidement. Seules quelques-unes de ces oeuvres, cependant, furent faites d’après nature. Nous ne possédons que peu de renseignements sûrs à propos des dates de séances de pose et de leur nombre. Nous savons néanmoins que Stuart produisit trois portraits types d’après nature: ceux dits Vaughan, Athenaeum et Lansdwone et que le président posa pour le Portrait Lansdowne, qui sert de référence en 1796 (Baratt et Miles, 2004, p.133 et Evans, 1999, p.63). L’artiste utilisa ensuite ses propres tableaux, en particulier l’Athenaeum inachevé, qu’il conserva jusqu’à sa mort, comme source pour ses répliques et variantes de l’image du premier président de la nation. Celles-ci finirent par atteindre la centaine (Baratt et Miles, 2004, p.133).
Le portrait Lansdowne (1796), aujourd’hui à la National Portrait Gallery de la Smithsonian Institution, le plus significatif que Stuart peignit de Washington, et l’image la plus connue du président jusqu’à nos jours, fut réalisé pour le marquis anglais de Lansdowne. Il lui fut offert par un riche homme d’affaires américain, William Bingham, et son épouse, en signe d’amitié et pour symboliser les liens économiques qui pouvaient exister entre des hommes des deux pays. Stuart exécuta ensuite les répliques de cette oeuvre qui se trouvent aujourd’hui dans les collections de l’Académie des beaux-arts de Pennsylvanie et au Brooklyn Museum.
Alors que les détails et le début de l’histoire de la commande Munro-Lenox sont encore obscurs, nous savons que ce fut la première d’une série de quatre versions inspirées du Lansdowne. Les autres furent les tableaux peints pour les gouvernements des Etats de Rhode Island et du Connecticut. D’importantes variantes distinguent ces quatre oeuvres du Portrait Lansdowne. La main de Washington repose désormais sur la table, au lieu d’être levée dans un geste oratoire, et le sol est différent: un tapis oriental remplace l’austère carrelage (Evans, 1999, p.69). Plus important encore, le président regarde vers le spectateur plutôt que de côté et l’on a émis l’hypothèse que le modèle utilisé dans le présent tableau pour le visage de Washington était le portrait Athenaeum plutôt que Lansdowne (Baratt et Miles, 2004, p.188).
Stuart a peint cette représentation en pied dans la grande manière associée aux images des membres de la royauté et de la noblesse. A l’arrière-plan, une impressionnante draperie est tiré pour révéler un ciel baroque entre des colonnes à l’antique ainsi que de riches cascades de velours rouge sur une table dorée néoclassique, attirant l’attention sur le montant en faisceau sommé d’un chapiteau carré en forme d’aigle. Cette oeuvre met en lumière ce que l’artiste avait appris à l’étranger dans le domaine de la peinture de portrait; en outre, le recours à cette iconographie générique donne à voir la position de pouvoir élevé occupée par Washington. Pourtant Stuart a mis ici le langage pictural adapté aux souverains au service d’un chef d’une autre sorte: l’homme qui avait été le commandant en chef de l’armée constitutionnelle durant la Révolution et qui avait mis fin au règne du roi d’Angleterre Georges III, en faveur d’un régime démocratique. La présence des étoiles en bande bleu, blanc et rouge dans le médaillon du fauteuil, ainsi que les livres placés sur et sous la table – au nombre desquels La Révolution américaine et Constitution et Lois des Etats-Unis – soulignent que Washington n’est pas un roi mais le président d’un pays indépendant. Plus encore, alors que le tableau montre les accessoires et l’environnement propre à un souverain européen, Washington lui-même apparaît comme un législateur dans le sobre costume noir (même s’il est en velours, avec un col et des manchettes de dentelle) qu’il portait dans les grandes occasions ainsi qu’une épée de parade dans son fourreau (Baratt et Miles, 2004, p.169). De ce point de vue, le tableau de Stuart annonce les interprétation picturales que devait recevoir un autre homme du peuple devenu dirigeant, Napoléon représenté dans son cabinet de travail par David. (Source Vivien Greene)
