Wilhelmine von Cotta, Schick, 1802
by Vincent on avr.10, 2010, under PEINTURES ALLEMANDES et AUTRICHIENNES, SCHICK Gottlieb
Gottlieb Schick, Wilhelmine von Cotta, 1802
Huile sur toile signée et datée sur la balustrade Schick facebat 1802, 133 x 140 cm
Stuutgart, Staatsgalerie
Ce portrait montre à quel point modèles français circulent en allemagne pour y être réinterprétés de manière germanique, très graphique et sculpturale.
Schick = formation à Stuutgart dans l’atelier du sculpteur Heinrich Dannecker puis visite à Paris pour se perfectionner, entre dans atelier de David et fut marqué par courant ultra-archaïsant des « barbus » en 1800: Eve (Salon de 1800, Cologne, musée Wallraf Richartz) version féminine des Narcisse androgynes tant appréciés des adeptes du primitivisme = la pureté des contours, la conception sculpturale de la ligne et l’excentricité allégorique de sa figure manifestant son affinité avec ce courant auquel Ingres ne resta pas indifférent.
Retour à Stuttgart en mars 1802, avant de repartir pour Rome en novembre, afin de contempler apprentissage de l’antique et Raphaël.
Première époque de maturité: Deux chefs d’oeuvre = deux portraits celui de la femme de son maître, Heinricke Dannecker (Berlin, Nationalgalerie), et celui de l’épouse du plus fameux éditeur souabe, Wilhelmine von Cotta (1771-1821). Il fut conçut immédiatement après celui de Mme Dannecker, comme le montre la succession des études dans un carnet d’esquisses.
Tous deux redevables à enseignement davidien mais très différents d’esprit comme si l’artiste essayait magistralement les formules apprises.
Le portrait de Heinricke Dannecker, esprit plus primitiviste, se veut dans son profil, une réflexion autour de la perfection d’une ligne géométrique et tendrement courbe. Une pose jamais adaptée par David mais qui devait être courant en France car on la retrouve dans des esquisses de Prud’hon comme dans le Portrait de L’Impératrice Joséphine dans le parc de la Malmaison. Par ailleurs la position raffinée de sa main gauche renvoie à cette grâce dans la gestuelle que l’on retrouve dans le tableau de Prud’hon.
Portrait de Heinricke Dannecker
Berlin, Nationalgalerie
Wilhelmine von Cotta s’inscrit dans un autre type de recherche. Moins abstrait formellement , il privilégie un « réalisme » valorisant de façon plus nette les traits du modèle. Nous sommes avec ce tableau dans le cas d’une véritable commande avec donc un enjeu en terme de représentation. C’est pourquoi l’artiste livra une image qui adaptait au monde cultivé de la capitale souabe les dernières innovations du portrait de la femme à la mode telles que David, Gérard ou Prud’hon les mettaient au point à Paris.
Madame von Cotta, en pied, est assise sur un banc et accoudée à une ballustrade = Portrait de Madame Récamier par David. Il existe dans un carnet de Schick, un croquis du tableau du maître français.
Portrait de Madame Récamier, 1800
Paris, Musée du Louvre
Diversité du portrait allemand autour des années 1800: les nazaréens et leur primitivisme poétique à Rome, au réalisme expressionniste et symbolique de Runge à Hambourg et à Vienne, Schick oppose l’élégance, plus européenne du portrait féminin. C’est que le modèle entendait se présenter comme une femme à la mode: sa robe blanche, ample et fluide relève du dernier chic, tout comme le simple mais coûteux collier de corail, auquel répondent le grand châle de cachemire rouge et les extravagantes chaussures rayées. De sa main droite, Wilhelmine von Votta tient l’anse d’un sac à main, accessoire nouveau lié à l’apparition de ces robes dénuées de poches.
Fidèle à sa formation chez un sculpteur et au réalisme descriptif inhérent à la tradition germanique, Schick s’attache à décrire avec la plus grande minutie les accessoires, comme les boucle très apprêtées de la chevelure, renonçant à la simplification idéalisante française. Fusion de l’idéal de la pose à la fois davidienne et néo-antique, et le réalisme du détail et des traits du modèle. Avec ses yeux légèrement en amande, ses pommettes saillantes, Wilhelmine devait être immédiatement reconnaissable, mais le caractère un peu grossier de ses oreilles et de son nez, traités sans concession, est racheté par l’élégante simplicité de la composition.
Donc portrait français contemporain = influence déterminante sur l’oeuvre de Schick (également le portrait anglais comme le laisse supposer le paysage). Le modèle est installé dans un jardin, accompagné d’un élégant parasol. Cet accessoire couteux se retrouvait (sous la forme du parapluie) dans de nombreux portraits anglais. Le parc qui se déploie à l’arrière-plan, fait de pelouse et de grands cyprès, n’est pas sans évoquer les jardins paysagers, plus tard qualifiés de « jardins anglais », dont la mode se répandit à la fin du XVIIIème siècle, en Allemagne particulièrement. Le feuillage, traité de façon extrêmement graphique, crée une grande plage de vert sur laquelle se détache le blanc de la robe et avec laquelle contraste le rouge du châle. Avec ce portrait qui mêle les influences, sans se départir d’un esprit analytique propre à l’art allemand, Schick participait avec sa sensibilité propre aux tentatives du néoclassicisme européen pour conférer au genre une monumentalité et une grâce inédites. (Source Sébastien Allard)

