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Les Ambassadeurs, Holbein le Jeune, 1533

by Vincent on août.06, 2009, under HOLBEIN Le Jeune, PEINTURES ALLEMANDES et AUTRICHIENNES

Holbein, Les ambassadeurs, 1533, hsp, 207 x 209,5cm, Londres, The National Gallery

Hans Holbein le Jeune, Double portrait de Jean de Dinteville et de Georges de Selve ou Les Ambassadeurs, 1533

Huile sur panneau, 207 x 209,5 cm

Londres, The National Gallery

Le double portrait de Jean de Dinteville et Georges de Selve est l’oeuvre la plus spectaculaire et la mystérieuse d’Holbein le Jeune. Les nombreuses énigmes que ce tableau dissimule ont beaucoup fait parler de lui et il devenu de fait l’oeuvre la plus célèbre de Holbein. En raison de la fragilité de son support – un grand panneau en bois constitué de dix planches.

  • Grâce à la première étude réalisée par Mary Hervey en 1900, nous pouvons connaître quelques bases sur ce tableau. C’est cette historienne qui a identifié les deux personnages représentés par Holbein. A gauche, figure Jean de Dinteville, ambassadeur de France à Londres et à droite l’évêque Georges de Selve dont la visite à Londres est ainsi officiellement consignée. Debout dans toute sa largeur, Dinteville porte un somptueux costume très coloré. Selve a une attitude plus réservée et le manteau qu’il porte, coûteux mais austère, sied tout à fait à sa fonction d’évêque de Lavaur.
  • En janvier 1533, le roi François 1er mandate Dinteville à Londres. A cette époque, des querelles religieuses dues à la progression du protestantisme agitent fortement l’Europe. La situation politique est également très instable du fait du bouleversement des rapports de force entre la France, l’Angleterre et le Saint Empire romain germanique. La mission de Dinteville est d’informer son roi de l’évolution de la situation concernant les évènements qui aboutiront finalement à la séparation avec l’église de Rome et la création de l’Eglise anglicane. Ces développements pouvaient en effet être de la plus haute importance pour la France. Dans ses lettres à son frère, ne cache ni sa mélancolie ni le fait que son séjour en Angleterre lui pèse énormément.

« Je suis le plus mélancolique fasche et fascheux ambassadeur que vistez oncques »

  • La visite de Georges de Selve au printemps 1533 est un réconfort pour lui. On ignore les raisons qui ont amené l’évêque dans le capitale anglaise mais elle sont certainement professionelles. Outre le fait d’être l’évêque de Lavaur, Selve fut aussi un diplomate engagé pour l’union de l’Europe chrétienne. Au départ, Dinteville ne devait rester que six mois en Angleterre, mais comme Anne Boleyn – la toute nouvelle épouse de Henri VIII – était enceinte et que François 1er devait être le parrain de l’enfant, il était entendu qu’il resterait à Londres jusqu’à la naissance. Le 7 septembre enfin, une petite fille voit le jour. C’est la futur Elisabeth 1ère. En novembre, Dinteville peut rentrer en France. Le double portrait de Holbein, souvenir de sa mission d’ambassadeur, est accroché dans le château de la famille de Dinteville à Polissy, dans la région frontalière entre la Champagne et la Bourgogne.
  • Une anamorphose intrigante au premier plan: le tableau est bien plus que le portrait de deux hommes. Les deux personnages sont représentés en pied dans un intérieur somptueux: les motifs du sol en marbre s’inspirent des mosaïques médiévales qui ornent le sol de l’abbaye de Westminster. Une tenture en damas vert tapisse le mur du fond. Complètement à gauche, on distingue une partie d’un crucifix, à demi dissimulé entre les plis de l’étoffe. Sur la table entre les ambassadeurs, de nombreux objets s’amoncèlent en une grande nature morte. Les détails de certains objets et les positions des instruments d’astronomie on suscité de nombreux questionnements.
  • Pourtant, ce qui saute d’abord aux yeux, c’est la forme bizarre en oblique sur le sol. Elle représente un crâne humain dans une perspective déformante. En se plaçant à un endroit particulier, à droite du tableau, le spectateur peut voir le crâne dans des proportions normales. Le procédé pour réaliser des anamorphoses de ce genre semble être emprunté aux expériences de Léonard de Vinci, procédé très en vogue au XVIème siècle.
  • En 1997, une exposition à la National Gallery de Londres fut organisée pour célébrer la restauration du tableau. Dans les ouvrages publiés pour cette occasion, certains auteurs ont taché de développer la symbolique présente sur cette toile et sa complexité. Ils ont rattaché cette symbolique à la mélancolie de Dinteville et au désespoir de Selve concernant la situation en Europe, tout ceci pénétré de l’idée d’un « memento mori ». Un ouvrage plus récent de John North propose une interprétation complètement nouvelle et très approfondie de la symbolique dans ce tableau, reposant notamment sur l’astronomie, l’astrologie, la numérologie et l’alchimie (The Ambassadors’Secret, Londres et Nex York 2002).
  • Des objets de musique et de mathématiques pour une symbolique complexe: les objets de la nature morte sont disposés sur deux étages, ce qui permet de penser que la table figure le ciel et la terre. Au niveau supérieur sont placés des instruments utilisés pour l’étude des corps célestes. Les objets posés sur la planche inférieure se rapportent au contraire aux affaires de tous les jours, aux activités du monde. Le cadran solaire cylindrique livre une date, celle du 11 avril 1533, un vendredi saint. Les trois côtés du cadran solaire polyédrique par contre indiquent bizarrement deux heures différentes: neuf heures et demie et dix heures et demie. Holbein était très lié à un astronome et fabricant un d’instruments de la cour de Henri VIII, Nicolaus Kratzer. Celui-ci a certainement expliqué comment représenter correctement les instruments d’astronomie ainsi que leurs positions. La disparité que l’on remarque entre les heures est donc sans doute volontaire et invite à en chercher la signification.
  • Mais ce tableau renferme encore bien d’autres bizarreries. Une des cordes du luth – qui est un symbole d’harmonie – est cassé et il manque deux flûtes dans l’étui en cuir placé à côté de cet instrument. Une équerre maintient le livre d’arithmétique ouvert à une page en haut de laquelle on peut lire: « Dividirt » (diviser). On pense que tous ces détails sont des références à la disharmonie et à la division. La disparité dans les heures et la cadran polyédrique sont considérés comme des symboles de la dislocation du temps, une allusion aux grandes divisions religieuses en Europe à cette époque. D’autres interprétations ont également été avancées, tout aussi plausibles. Les points de repère qui amènent à développer ces théories sont tellement riches que le tableau conservera toujours une certaine part de mystère. Les discussions en effet continuent à aller bon train, en particulier à propos de l’exacte signification du crâne et du crucifix dissimulé. Comment les interpréter dans le contexte de ce ce tableau?

  • Au-delà de la signification précise des éléments de cette peinture, reste l’indubitable et stupéfiante virtuosité dont l’artiste a fait preuve ici. Holbein nous offre le portrait caractéristique de deux notables aux habits superbes, dans un intérieur remarqueblement suggéré, et il nous donne en plus le plaisir d’une nature morte rassemblant des livres et des instruments rendus dans leurs moindres détails avec la plus grande minutie. L’adjonction du crâne mystérieusement déformé au premier plan fait de ce tableau un des chefs d’oeuvre les plus spectaculaires de l’histoire de la peinture.
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