L’Ancienne et la Nouvelle Loi, Holbein le Jeune, vers 1535
by Vincent on août.05, 2009, under HOLBEIN Le Jeune, PEINTURES ALLEMANDES et AUTRICHIENNES
Hans Holbein le Jeune, Allégorie de l’Ancien et du Nouveau Testament ou L’Ancienne et la Nouvelle Loi, vers 1535
Panneau, 49 x 60 cm
Edimbourg, National Gallery of Scotland
- L’Ancienne et la Nouvelle Loi, peint par Holbein et conservé à Edimbourg, est une représentation de l’Ancien et du Nouveau Testament dans la tradition des gravures sur bois protestantes qui véhiculaient les idées de la Réforme au XVIè siècle. Ce panneau de format moyen, daté de 1535, a dû être commandé par un partisan anglais de la Réforme à Holbein alors définitivement installé en Angleterre. Dans une composition dichotomique associant de manière habile des images à des citations bibliques inscrites en lettres dorées. Hans Holbein le jeune illustre par une métaphore l’opposition de la Réforme à l’ancienne doctrine catholique. Il traduit ainsi la pensée des réformateurs religieux allemands tels que Martin Luther (1483-1546) et Philipp Melanchthon (1497-1560) qui proposaient à son époque une nouvelle interprétation théologique de l’Ecriture, voyant l’Ancien Testament comme une antithèse du Nouveau Testament, opposant l’Ancienne Loi basée sur le Droit (LEX) à la Nouvelle Loi fondée à l’inverse sur la Grâce (GRATIA), la Rédemption et la Résurrection.
- L’Ancien contre le Nouveau testament: Au centre du tableau de Holbein, un homme nu, assis sur une pierre et le regard affligé, apparaît recroquevillé sur lui-même. Il incarne l’Humanité accablée par sa conditio misérable. Cette impression est confirmée par l’inscription en latin « MISER EGO HOMO, QUIS ME ERIPIET EX HOC CORPORE MORTI OB NOXIO » qui figure sur la pierre et que l’on peut traduire par « Qu’il est misérable l’homme que je suis! Qui me délivrera de ce corps comdamné à mort par le pêché ».
- Debout à ses côtés, deux prophètes désignent du bras des scènes situées à droite à l’arrière-plan: Isaïe montre la Vierge Marie agenouillée au sommet du mont Sion, illustrant sa prophétie écrite en toutes lettres: « Et voici que la Vierge enfantera ». Le prophète Jean-Baptiste tend le doigt vers une scène représentant Jésus et ses disciples au pied de la montagne, tandis qu’on peut lire sous lui: » Voici l’Agneau de Dieu qui enlève les pêché du monde ».
- Les scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament sont séparées au milieu par un arbre qui sert d’axe vertical à la composition. Inspirées de l’Ancien Testament, les scènes de la partie gauche évoquent le péché de la pénitence; au premier plan, Holbein a représenté la mort par deux symboles forts: le squelette et le cercueil. Plus loin Adam et Eve se tiennent au pied de l’arbre de la connaissance. Leur présence évoque le pêché originel qu’atteste la pomme croquée et le geste pudique d’Adam. Derrière eux se dresse le Mont Sinaï qui fait pendant au Mont Sion à droite de la composition. Au sommet du Mont Sinaï figure Moïse avec les Tables de la Loi. Plusieurs scènes font référence au prophète: le retour de Moïse vers son peuple et la manne descendant du ciel, l’épisode du serpent d’airain dressé contre la punition de Dieu à cause de son incrédulité. Face à ces évocations négatives, la partie droite du tableau illustre la croyance en Dieu et au Salut par l’évocation d’épisodes bibliques heureux tels que: l’Annonciation à Marie, l’Annonce aux bergers et le Christ ressuscité. Comme un jeu de miroir, le tableau procède par association de détails: le mont Sinaï fait pendant au Mont Sion; le serpent d’ainrin enroulé autour d’une perche en forme de T, à la Croix du Christ; le cercueil de la mort, au Christ ressuscitant…
- Un type de représentation proche de Cranach: L’opposition entre les deux parties du tableau symbolisant le Bien et le Mal est renforcée par le contraste de l’éclairage et des couleurs sur le tableau, en particulier dans le ciel tantôt sombre à gauche – ce qui donne un effet dramatique-, et tantôt clair à droite – donnant un côté plus serein. L’aspect de l’arbre central, avec ses branches mortes à gauche et son feuillage à droite accentue cette différence. On sait que ce procédé artistique a été employé par un autre artiste contemporain de Holbein: Lucas Cranach l’Ancien (1472-1553). Une gravure intitulée La Chute de la Rédemption (Londres, British museum), datée d’environ 1530, montre un paysage semblable divisé en deux par un arbre au même feuillage. A cette époque, l’atelier de Cranach à Wittenberg (Allemagne) produisait des tableaux avec les mêmes genres d’iconographie et de composition que le panneau de Holbein ici en question. (Source M.-J. Vaissaire)
