La Madone du Bourgmestre Meyer, Holbein le Jeune, vers 1525 et 1528
by Vincent on août.05, 2009, under HOLBEIN Le Jeune, PEINTURES ALLEMANDES et AUTRICHIENNES
Hans Holbein le Jeune, La famille Meyer avec la Madone, le Christ et St Jean-Baptiste ou Madonne du bourgmestre Meyer, vers 1525-1526 et 1528-29
Panneau, 146,5 x 102 cm
Hessische Hausstiftung, en prêt au Schlossmuseum, Darmstadt
- Ce tableau est une oeuvre majeure de la Renaissance allemande. Il s’agît du dernier retable peint par Holbein, commandé vers 1525-1526 par le bourgmestre de Bâle Jakob Meyer. Il apaprtient à la collection du Grand duc von Hessen und bei Rhein. Il n’est pas d’un très grand format, on peut y voir représenté le commanditaire agenouillé en prière aux pieds de la Vierge tenant dans ses bras l’enfant Jésus. C’est un tableau qui fut repris et modifié par Holbein environ deux ans après, suite à des remarques faites par Jakob Meyer.
- Le commandiraire est un bâlois influent: c’est un riche marchand de Bâle né en 1482 et décédé vers 1530-31 qui a exercé comme ambassadeur de la compagnie helvétique à Venise et Milan en 1512 après avoir emporté quelques victoires lorsqu’il fut à la tête d’une armée de mercenaires suisses lors de la conquête de Gênes en 1507 et de Ferrarre trois ans après. Elu bourgmestre de la ville de Bâle, il fit réalisé dès 1516 le pemier portrait de lui et de sa femme Dorothea Kannengiesser par Holbein, sur deux panneaux en forme de dyptique (aujourd’hui exposé au Kunstmuseum de Bâle). C’est grâce à ce commanditaire que Holbein, âgé à peine de 20 ans, allait obtenir de nombreuses commande de la ville helvétique. Malheureusement pour Meyer, il fut démis de ses fonctions et jugé pour corruption il fut même emprisonné vers 1521.
- Portrait de famille et profession de foi catholique: Sur le retable de la Madone du bourgmestre Meyer, le commanditaire est, cette fois encore, représenté en compagnie de nouveaux de Dorothea Kannengiesser. La femme située derrière cette dernière est la première femme de Jakob Meyer, Magdalena Baer qui décédé, figure ici à titre posthume. Elle est de profil, avec le visage presque entièrement caché par sa coiffe et sa mentonnière. Au premier plan, figure également Anna, la fille du bourgmestre et de Dorothea. Elle fait face à St Jean-Baptiste en garçonnet nu, et à un jeune homme, sur le dos duquel le bourgmestre prend appui pour prier. Il s’agit vraisembablement de St Jacques, le patron des pèlerins et des banquiers que l’on peut reconnaître à son attribut: une bourse. On remarque que le peintre ne fait pas de différence de taille entre la famille du commanditaire et les saints. Le peintre a opté pour une représentation traditionelle de la Vierge de Miséricorde protégeant ses fidèles sous son manteau, mais on note ici que le manteau ne recouvre que Meyer. La Vierge est représentée debout, adossée à un trône dont on aperçoit seulement le sommet en forme de conque et tentant le Fils dans ses bras. Elle porte une coouronne impériale, évocation du St Empire romain. D’autre part, son image évoque la tradition picturale italienne de la représentation de Marie en compagnie du Christ et de St Jean-Baptiste. Ce tableau peut être considéré comme un témoignage de foi catholique du commanditaire, voire d’une audacieuse revendication de sa foi catholique au coeur d’une époque religieuse mouvementée: en 1529, la ville de Bâle adopte le protestantisme comme religion officielle. On peut se féliciter que l’oeuvre ait échappé au vandalisme au moement de la croisade des iconoclastes bâlois en février 1529.
- La représentation idéalisée de la Vierge, de l’Enfant et des deux jeunes saints trahit l’influence des peintres italiens de la Renaissance, un Raphaël et un Léonard de Vinci, par exmple. Ce qui caractérise les portraits de Holbein, c’est leur vie et la virtuosité du rendu des étoffes et des matières. Nombre de détails méritent de retenir l’attention: le tapis d’Orient et ses plis, l’Enfant Jésus qui s’appuie contre sa mère tout en bénissant de sa petite main, etc. Il y eut donc quelques petites modifications à son retour en Angleterre en 1528. Par exemple, Anne, la fille du banquier, agenouillée au premier plan droite, a d’abord les cheveux longs, Holbein les remplace alors par une riche coiffure piquée de fleurs, signe qu’elle est désormais fiancée.
- On a également identifié les deux garçons comme deux fils défunts du commanditaire et affirmé que le personnage de Magdalena Baer ne devait pas figurer sur le tableau d’origine, transformé de fait en oeuvre funéraire. Cependant un examen récent aux rayons infrarouges est venu démentir cette dernière affirmation. Il montre que le personnage de Magdalena figurait dès l’origine sur la première esquisse de Holbein. Tandis que la Vierge et l’Enfant Jésus ne semblent pas avoir été retouchés, le portrait de Meyer peint sur la composition finale, comme ceux des membres de sa famille, diffère du dessin préparatoire et de la première version. (Source M.-J.Vaissaire)
