Lady Macbeth, Charles Louis Müller, 1849
by Vincent on juin.28, 2010, under MÜLLER Charles Louis
Charles Louis Müller, Lady Macbeth, 1849
Huile sur toile, 249 x 268 cm
Amiens, Musée de Picardie
Tragédie de Shakespeare, Macbeth, écrite vers 1606, a fortement nourri l’imaginaire des artistes de l’époque romantique. Il est, par exemple, possible de citer une tragédie lyrique sur des paroles de Rouget de Lisle et d’Auguste Hix, et sur une musique d’Hipolyte Chélard; représentée en 1827, une traduction en vers par Emile Deschamps, publiée en 1844, ou un opéra sur les paroles de Francesco Maria Piave, mis en musique par Verdi en 1847, et qui ne sera cependant produit à Paris qu’en 1865. L’attention des peintres s’est plus particulièrement portée sur Lady Macbeth, qui deviendra l’une des grandes figures du romantisme, une femme à l’ambition redoutable, et de ce fait, fatale, qui ne pouvait trouver l’apaisement que dans la mort.
L’inventif et fécond Johan Heinrich Füssli (1741-1825) s’est attaché à illustrer le destin tragique de cette héroïne; Delacroix expose, quant à lui, une Lady Macbeth accueillie avec retentissement au Salon de 1851. Deux années auparavant, c’était Müller qui faisait sensation au Salon avec une Lady Macbeth qui lui valut la légion d’honneur. Lady Macbeth n’a qu’un but, voir son mari devenir roi d’Ecosse. Pour ce faire, elle le force à tuer le Roi Duncan. Mais le souvenir du crime, l’accable et la torture; le visage ravagé, d’une pâleur mortelle, elle se tort les mains de désespoir. La célébrissime tragédienne Rachel (1821-1858), qui contribua à la renaissance du théâtre classique, prête ici ses traits à Lady Macbeth. Probablement impressionné par l’enjeu du projet – mais l’on ignore si Rachel a posé à cet effet, d’autant qu’elle a refusé d’interpréter le rôle -, Müller, fort beau dessinateur, élabore la composition avec soin. Le musée d’Art et d’histoire du judaïsme à Paris, le musée départemental de l’Oise à Beauvais et le musée Fesch d’Ajaccio se partagent cinq dessins et deux études peintes montrant une lady Macbeth agitée sous le poids du remords (Hélène Hoog, « Le Geste tragique », dans cat., exp Rachel, une vie pour le théâtre. 1821-1858, Paris, Musée d’art et d’histoire du judaïsme).
La version parisienne, Rachel dans Lady Macbeth, cadrée de près, la carrure massive, l’expression terrible fixe le spectateur comme une terrible apparition; tout devient sujet de remords. Dans la version finale du musée d’Amiens, la charge émotionnelle de la représentation relève plus de la posture contractée de Lady Macbeth, inondée dans un flot de lumière théâtral et rejetéesur le côté, cernée par l’incompréhension et la frayeur de ses proches, dont chacun, bien intentionné soit-il, devient l’un de ses juges, et, si ce n’est l’un de ses bourreaux.(source Annie Scottez de Wambrechies, conservateur en chef au musée des Beaux-Arts de Lille)
