Le Roi de Rome, Prud’Hon, 1811
by Vincent on fév.26, 2010, under NEOCLASSICISME, PRUD'HON Pierre Paul
Pierre Paul Prud’Hon, Le Roi de Rome, 1811
Huile sur toile signée et datée en bas à gauche: P.P Prud’hon/1811, 46 x 56 cm
Paris, Musée du Louvre
Fils de Napoléon et de l’impératrice Marie-Louise = descendance impériale = baptême en grande pompe le 9 juin à Notre-Dame et donne aussi lieu à une importante iconographie plus ou moins allégorique.
Autorisation qu’à peu d’artistes de pouvoir le voir et le représenter d’après nature. (Isabey fit son portrait dans une aquarelle, couché dans un casque romain, au-dessous de deux drapeaux ornés des aigles française et autrichienne (Paris, Musée du Louvre) ou encore le sculpteur Bosio). Il existe aussi un dessin ou le Roi de Rome est représenté de profil comme sur un médaillon antique. Dans cette dernière œuvre destinée à être gravée, les traits du bébé sont cependant modifiés de façon à accentuer la ressemblance avec son père, tandis que la partie inférieure de la feuille est occupée par un faux bas-relief illustrant l’histoire de Romulus et de la Louve.
Le tableau du Louvre semble se rattacher à ce mythe. L’enfant endormi, entouré de la pourpre impériale, est posé sur un coussin au milieu d’une végétation luxuriante, comme celle à laquelle Rhéa-Sylvia confia la garde de Romulus, fruit de ses amours avec Mars. L’abondance des lauriers évoque évidemment l’Empire français, tandis que les grandes fleurs rouge à gauche, des fritillaires, plus communément baptisées « couronnes impériales », étaient depuis longtemps associées à l’empire autrichien (Laveissière, 1983). Grand maître de l’allégorie, Prud’hon réussit à donner à ce genre réputé désuet un naturel et une évidence qui rompaient avec les compositions alambiquées d’Isabey ou de Callet.
Ne choisit pas la solution pragmatique et efficace de Gérard qui a déformé les traits du nouveau-né pour accentuer la ressemblance avec Napoléon, il joue sur l’ambiguïté entre la convention d’une pose « officielle » et le réalisme du détail : l’enfant joue avec un hochet qui évoque un sceptre royal et tient dans sa main gauche la Légion d’Honneur.
La représentation de l’enfant pose les mêmes problèmes que ceux du souverain : la tension entre la symbolique du pouvoir et la ressemblance, entre l’allégorie et le portrait. Mais cette tension est rendue plus aigüe par le fait de figurer un enfant. (voir les grandes critiques que reçu Isabey lors de la représentation du roi de Rome à quatorze ans et demi, Nancy, Musée des Beaux-Arts) où l’on lui reprochât trop de symbolisme et une image peu crédible.
Prud’hon propose ici une solution beaucoup plus originale où la représentation « réaliste » du bébé, savamment mise en scène, introduisait à une lecture mythique de l’image, associant le fils de Napoléon à Romulus. Prud’hon rejetait ainsi les images empesées et très officielles des héritiers du trône, telles qu’un Mengs put en produire au siècle précédent. Là nous sommes davantage dans la lignée d’un artiste tel que Madame Vigée Le Brun à savoir un portrait au « naturel » et en plein air des enfants royaux.
A cette dimension, Prud’hon ajoutait une connotation sacrée, subtilement évocatrice. Un rayon de lumière éclaire aussi tendrement que mystérieusement l’enfant déposé sur le coussin. Artiste cultivé, fervent admirateur de la peinture du XVIè siècle, Prud’hon ne pouvait pas ne pas songer au Sommeil de l’Enfant Jésus sur lequel veille la divine Providence. L’association de l’héritier, miraculeusement arrivé, et de l’Enfant Jésus, d’ailleurs, ne devait pas être inhabituelle. Le tableau de Prud’hon fut largement salué par la critique, qui y retrouvait les qualités propres à l’artiste : sa grâce, la richesse de son coloris, l’originalité de la composition. (Source Sébastien Allard)
