Le Général Maurice-Etienne Gérard, David, 1816
by Vincent on avr.12, 2010, under DAVID Jacques-Louis, NEOCLASSICISME
Jacques-Louis David, Le Général Maurice-Etienne Gérard, 1816
Huile sur toile signée et datée en bas sur la base de la colonne: L.DAVID 1816/BRUX.
Inscription sur l’enveloppe: A mon Excellence/ L(e) Gé(néral) Gérard/Com(mandant) en Chef
New York, The Metropolitan Museum of Art
Lors de son exil à Bruxelles, après le retour définitif des Bourbons sur le trône en 1815, David continue à faire des portraits essentiellement pour financer son installation dans la capitale belge. Le portrait du Général Gérard constitue probablement l’une des premières toiles qu’il y réalisa, au printemps 1816.
Pas d’information sur les raisons de la commande mais le modèle est par contre, lui, bien connu. C’est l’un des principaux généraux de Napoléon, fait baron en 1809 et comte en 1813. Fait donc parti de la nouvelle aristocratie fondée sous l’Empire sur les champs de bataille. Après s’être illustré lors de la campagne de Russie, il reconnut en 1814, l’abdication de Bonaparte mais se rallia à lui dès son retour de l’ïle d’Elbe en 1815 et il participa à la campagne de Belgique. Il fut donc lors de la seconde restauration contraint à l’exil à Bruxelles = certaine solidarité liant les anciens fidèles de l’Empire et cela est propre aux portraits de la fin de sa vie (membres de la famille Bonaparte ou proche de l’Empire).
Pour le Portrait du Général Gérard, il adopte une formule très rarement pratiquée: celle du portrait en pied, dont la dernière occurrence était son portrait de L’Empereur dans son cabinet de travail, achevé en 1812. Peut-être un souhait du modèle de désirer une image de lui-même conforme aux canons de représentation de l’aristocratie impériale. Cette effigie où le général est en costume d’apparat couvert de ses décorations = attachement nostalgique des exilés à un monde définitivement disparu.
Pas de rivalité avec Gérard qui a donné allégeance à Louis XVIII car David avait popularisé parmi les élites de l’Empire, une formule inspirée par Van Dyck. A Bruxelles, au contact direct des maîtres flamands du Siècle d’or, David pouvait en revenir aux source du genre, avec une intelligence des formes et une vigueur de composition inégalées. Dans son Portrait du Général Gérard, il décline toutes les conventions du portrait d’apparat: la pose animée d’un léger contrapposto est une variation sur celle de Napoléon dans son cabinet de travail, un grand rideau rouge vient clore à gauche la composition en passant devant une colonne, à droite, après une balustrade, se déploie un paysage bleuté d’inspiration italienne, proche de celui que David peindra l’année suivante dans Amour et Psyché (1817, The Cleveland Museum of Art)
L’artiste a produit une composition qui réconcilie les contraires. Les conventions sont équilibrées par un sens du réalisme dans le rendu des traits du modèle propre au dernier David. Comme toujours, le peintre assume l’artifice de la pose, mais ici il met en scène, pour la première fois, de façon particulièrement théâtrale. En effet, la manière très enlevée et virtuose du fond contraste avec le rendu plus austère et plus détaillé du costume et du visage: la figure semble plantée comme devant un décor.
Le cadrage relativement large et l’absence des accessoires attendus (table, fauteuil…) accroissent ce sentiment. Contrairement à l’élégance raffinée des portraits officiels de Gérard, subtils compromis entre le type et le naturel, Davis assume l’opulence grandiloquente d’un portrait d’apparat néobaroque.
Séduction par la couleur qui marque cette période bruxelloise: Comte de Turenne ou celui de La Comtesse de Vilain XIII et sa fille, Londres, National Gallery). Les rouges, celui de l’immense rideau, auquel répondent les rubans de la Légion d’honneur et de l’épée et le cachet de la lettre, vibrent comme le sol marbré de jaune, de vert et de brun. Dans cet excès, admirablement maîtrisé et qui signale le caractère expérimental de l’oeuvre, ne pourrait-on déceler comme une pointe d’ironie – ou de perspicacité psychologique – à l’égard de son modèle, héros déchu, mais encore qualifié sur la lettre qu’il tient d’ »Excellence » et de Commandant en chef ». Dans cette tension entre le décorum et le naturel se lit une recherche similaire à celle que David mène dans sa peinture d’histoire pour trouver un nouvel équilibre entre l’idéal et le réalisme. (source Sébastien Allard)
