Juliette Blait de Villeneuve, David, 1824
by Vincent on avr.13, 2010, under DAVID Jacques-Louis, NEOCLASSICISME
Jacques-Louis David, Juliette Blait de Villeneuve, 1824
Huile sur toile signée et datée en bas sur la chaise en bas à droite: L.DAVID.BRUX/1824
Paris, Musée du Louvre
Date connue grâce à une lettre adressée par David à Michel Stapleaux où le maître évoque une « ébauche du Portrait de Mlle de Villeneuve ». C’est l’ultime peinture originale du peintre, excepté une reprise pour Firmin Didot de la Colère d’Achille (1825, coll. part.).
Le modèle appartient au milieu napoléonien exilé à Bruxelles (caractéristiques des derniers commanditaires de David): il s’agît de la fille de M. Blait de Villeneuve et d’Honorine Clary, soeur de Julie Clary, épouse de Joseph Bonaparte et ancienne reine d’Espagne, et de Désirée Clary, épouse du maréchal Bernadotte et reine de Suède et de Norvège. Après Waterloo, Julie, dont le mari s’était installé aux Etats-Unis, avait élu résidence à Bruxelles, où elle tenait un salon très fréquenté et dont le peintre était un habitué.
Caractéristique des années bruxelloises: non pas une routine des formules mais bien le souci de l’expérimentation et la recherche d’un nouvel équilibre entre la nécessaire idéalisation propre au portrait mondain et le réalisme fondamental de sa manière. = versatilité de style dont rend compte cette austère effigie, bien éloignée de l’emphase néobaroque du Portrait du Général Gérard, peint à peine huit ans plus tôt.
A la fin de sa vie, il semble préoccupé par le portrait en pied et l’action dans celui-ci afin d’en justifier la pose, avant le portrait par son introspection psychologique se suffisait à lui-même. David se démarquait même dans ce genre et le tenait en plus haute estime devant ses collègues qui éprouvaient le besoin d’historier leur représentation pour l’élever au-dessus de sa condition.
Juliette de Villeneuve est peinte alors qu’elle accorde une superbe harpe. Association de la femme et de cet instrument habituelle depuis le XVIIIè siècle qui donne une contenance naturelle à la pose debout et souligne le rôle de la musique dans l’éducation d’une dame de qualité // Rose Ducreux, Autoportrait à la harpe, New York, Moma. // A. Giroust, Mademoiselle d’Orléans prenant une leçon de harpe.
Instrument très prise de sa tante (version moderne de la lyre antique), David réanime un poncif ancien et cherche donc à évoquer de la façon la plus précise possible son modèle, tout comme la référence à Van Dyck, exaltée jusqu’à l’hyperbole, traduisait la dignité passé de l’ancien général de l’Empire.
Modernité bruxelloise = « pré-historiciste », confère une actualité nouvelle à des conventions que l’on croyait dépassées.
Manière de 1810 = plus grande liberté du pinceau, à une touche plus grasse et synthétique, notre portrait accusait une évolution dans le sens inverse, privilégiant la description.
Il y’ a, sauf exception (Napoléon dans son cabinet de travail et ses portraits de jeunesse), peu d’accessoires mais dans le Portrait de Juliette Blait de Villeneuve, il les accumule avec un plaisir évident de la description, multipliant, non sans rappeler Ingres, les beaux morceaux: le châle sur le fauteuil, le chapeau et le pupitre, la harpe, la magnifique écharpe.
Cependant, là où Ingres jouait sur leur continuité, David les pose, avec autorité, dans une composition très strictement architecturée autour du grand triangle formé par la silhouette noire de Juliette et la harpe et où les plans se succèdent abruptement. Cette composition austère et magistrale est adoucie par une harmonie colorée et audacieuse où le rouge sombre du tapis et le noir profond de la robe sont rehaussés par les différents qualités de blanc, le jaune du chapeau, le bleu et le doré de l’écharpe. Parvenu à ce seuil de perfection formelle, qui pousse à ses limites l’idéal néo-classique en l’appliquant à des objets du quotidien, David réveille son tableau par le visage ingrat de son modèle, traité avec un réalisme sans concession. (Source Sébastien Allard)
