Henri de La Rochejaquelin, Guerin, 1817
by Vincent on mar.28, 2010, under GUERIN Pierre-Narcisse, NEOCLASSICISME
Pierre-Narcisse Guérin, Henri de La Rochejacquelin, 1817
Huile sur toile, 217 x 142 cm
Cholet, Musée d’Art et d’Histoire
Proposition du comte de Pradel ministre de la chambre du roi Louis XVII, portraits en pied des généraux véndéens, qui entre 1793 et 1795 avaient combattu et étaient morts pour le roi. Commandes passées aux artistes les plus en vue: Guérin mais aussi Girodet qui peignit Cathelineau et Bonchamps; Robert-Lefèvre Lescure; Steuben Pichegru…
Commande dans la dynamique de l’Empire à savoir le portrait utilisé comme le moyen de célébration d’une nouvelle aristocratie, dont les mérites reposaient en partie sur l’héroïsme des champs de bataille = sorte de Panthéon des gloires royalistes étant surtout destiné à donner des gages au parti ultra et fut réalisée sous la pression des familles des victimes (Chaudonneret, 1999), particulièrement la marquise de La Rochejacquelin car elle avait perdu dans cette guerre vendéenne son 1er mari, Lescure, son 2ème mari, Louis de La Rochejacquelin et le frère de celui-ci Henri (1772-1794).
Louis XVIII par crainte de certains acquis pendant la Révolution et ne voulant pas ranimer la discorde n’exposât pas ces portraits aux Tuileries, mais plus discrètement dans la salle des Gardes du palais de Saint-Cloud.
Portraits tous posthumes imposant donc aux familles de fournir un maximum de détails pour une effigie ressemblante, les artistes pour la plupart n’ayant pas connu les généraux. La marquise de La Rochejacquelin fit donc parvenir à Pradel une miniature et des commentaires manuscrits très précis à partir desquels Guérin dut composer son tableau et reconstituer le visage du jeune général mort à 22 ans, tué par un soldat républicain.
La part d’idéalisation propre à la peinture d’histoire était suscitée par l’absence de modèle: Guérin construisit sa composition autour de l’idée de l’élan fougueux de la jeunesse fauchée dans la fleur de l’âge. Le visage du jeune homme le regard fixe en direction des lignes ennemies, à la pureté abstraite des statues antiques. En revanche, son attitude énergique un pied sur un monticule, le bras gauche pointant un pistolet, le bras droit en écharpe, rappelle les efforts faits par la statuaire moderne pour augmenter la valeur signalétique des monuments publics. L’artiste joue du contraste entre la douceur des traits de La Rochejacquelin et l’énergie de sa détermination. (Girodet privilégia pour ses généraux: mélancolie et absence) Guérin, lui, privilégia donc l’action et exalta ainsi l’illusion historique et, en usant l’idée de fragment, transcendait le genre dans lequel il devait s’exprimer: « Ce portrait est un tableau d’histoire » (Miel, Journal des débats, 31 Juillet 1817).
Guérin, un des artistes officiels de l’Empire était passé maître dans la représentation des combats. Vêtu de l’habit bourgeois, dont la propreté et l’élégance de la mise trahissent l’idéalisation à laquelle se donne le peintre, La Rochejacquelin porte sur sa poitrine le Sacré-Coeur des Vendéens, auquel répondent la cocarde blanche des royalistes sur le chapeau et le grand drapeau blanc orné d’un grand « Vive le Roi ».
L’idée d’un héros moderne se détachant sur un drapeau pour souligner la dimension nationale de la représentation est une ré interprétation du portrait de Bonaparte au pont d’Arcole par Gros (1796, Versailles musée nationale du château). Le geste du jeune homme s’inspire probablement du Bonaparte franchissant les Alpes par David. Cependant, là où David jouait sur l’ambiguïté de la représentation et du sens à lui accorder, Guérin le traite avec plus de prosaïsme. l’idée des baïonnettes au second plan et des soldats figurés de façon presque décolorée pour mettre en valeur la beauté idéale de la figure principale relève de la même source d’inspiration. Mais si pour David, il s’agissait d’un moyen destiné à simplement évoquer l’évènement historique transcendé par l’aura du grand homme, ici, ces détails acquièrent une signification politique particulière. Ils évitent à l’artiste de représenter les combattants et donc de réactiver le souvenir de la guerre civile: « On découvre l’extrémité des baïonnettes républicaines, mais on ne voit pas des Français combattre des Français » (Miel, ibid.)
Répétitions, gravures aux frais de la couronne pour diffusion à des fins de propagande ultra, notamment dans les ré interprétations via les estampes populaires. (source Sébastien Allard)
