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Voiles et pins, Signac, 1896

by Vincent on juil.27, 2009, under NEO-IMPRESSIONNISME, SIGNAC Paul

Signac Paul, Le Bois de pins

Paul Signac, Voiles et pins, 1896

Huile sur toile, 81 x 52 cm

Collection Particulière

  • « Je commence une nouvelle toile: une silhouette de pins dont les troncs traversent toute la toile et dont la verdure s’épanouit vers le haut à travers les pins dans l’ombre. Un fond ensoleillé de mer reflétant les teintes du couchant et une colline dorée devant laquelle passent des barques aux voilures orangées. J’ai composé entièrement ce tableau, pris un tronc d’arbre ici, une branche de pin là, la colline c’est la pointe de Saint-Pierre et elle se termine par la jolie tour dont j’ai fait un croquis à Port man. Et je veux être également libre de composer ma couleur que je voudrais obtenir en faisant tous les sacrifices nécessaires, un maximum de coloration et de lumière, afin d’opposer ce tableau gai, méridional, oriental presque à ceux gris et tristes septentrionaux de Hollande ».
  • Quand il note ses réflexions sur l’évolution de sa peinture dans son journal à la date du 16 octobre 1896, Signac exprime clairement sa volonté d’évoluer vers un art plus libre. Depuis 1894, il a remis en cause la nécessité de travailler à l’huile sur le motif, à la manière des impressionnistes. Au cours de ses explorations quotidiennes dans la nature, il prend de nombreuses notes à l’aquarelle et c’est à l’atelier qu’il compose ensuite sa toile à partir de la « documentation » ainsi constituée. Ici, cette méthode lui permet de recomposer à sa façon un paysage qu’il connait bien, celui de la pointe Saint-Pierre à Saint-Tropez, un point de vue qu’il peut observer à quelques pas de sa villa, La Hune, et qui inspira aussi un tableau à son ami Théo Van Rysselberghe, La Pointe de Saint-Pierre à Saint-Tropez (1896, Luxembourg, musée national d’histoire et d’Art du grand-duché de Luxembourg). La comparaison de ces deux oeuvres peintes à la même période est significative de l’évolution de l’art de Signac par rapport à celui de Van Rysselberghe qui pratique alors un néo-impressionnisme plus orthodoxe.
  • La nouvelle technique de Signac lui offre surtout une plus grande liberté dans l’usage de la couleur qui, de plus en plus franchement, s’éloigne de la réalité observée pour répondre à des intentions purement plastiques. Car il s’écarte du principe d’un mélange optique auquel il ne croit plus et renonce à la petite touche, Signac est plus que jamais fidèle à la théorie du contraste qui lui permet d’obtenir « un maximum de coloration et de lumière ».
  • Les couleurs primaires et les oppositions d’ombre et de lumière dominent la composition du tableau. Au premier plan, les frondaisons vert sombre des pins s’opposent au rouge intense du sol rocheux. Vues à contre-jour, les verticales rythmées des troncs bleu cobalt s’opposent à la claire luminosité du fond. La mer d’un bleu plus pâle y fait resplendir le jaune et l’orangé des barques de pêche. L’eau acquiert des reflets dorés qui répercutent les teintes d’un ciel aux étonnantes lueurs roses , jaunes et vertes. Quand il parle du caractère « oriental » de son tableau, Signac pense aux rutilantes mosaïques byzantines, ou encore à l’éclat des estampes japonaises. Mais ici, l’artiste dépasse l’intensité colorée de ses modèles et son art annonce très directement le fauvisme.
  • Vraisemblablement, Signac voulut garder pour lui-même ce tableau prémonitoire qui resta à l’atelier. Il ne fut ni signé, ni exposé avant la rétrospective qui se tint en 1934 au Petit Palais où Signac choisit enfin de le montrer au public.(Source Marina Ferretti Bocquillon, De Seurat à Klee le néo-impressionnisme, Paris, 2005 )

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