Madame Hector France, Cross, 1891
by Vincent on juil.21, 2009, under CROSS Henri-Edmond, NEO-IMPRESSIONNISME
Henri Edmond Cross, Madame Hector France, 1891
Huile sur toile signée et datée en bas à gauche: 1891 Henri Edmond Cross , 208 x 149 cm
Paris, Musée d’Orsay R.F. 1977-127
- C’est avec ce portrait en pied d’Irma Clare (alors épouse de l’écrivain Hector France et future Mme Cross) que Cross entre définitivement dans le clan des néo-impressionnistes (ainsi défini en 1886 par Fénéon). Marque par la pensée et l’oeuvre de Seurat (mort en 1891), Cross retient de ses entretiens avec ce dernier que pour sa composition picturale » les colorations des choses changent leur dessin » (Bulletin de la vie artistique, 15 Sept. 1922, p.425). Ayant été remarqué par Fénéon en 1886 pour ses paysages de Monaco, il s’imprègne lentement des théories du néo-impressionnisme au contact de ses amis Paul Signac, Charles Angrand et Théo Van Rysselberghe.
- Dans le Portrait de Madame Hector France (1891), Cross intègre le principe de poser des points de couleur en tons contrastés.
- Le peintre installe son modèle féminin dans une composition géométrique où les ombres et les lumières s’équilibrent grâce à la régularité de petites touches arrondies. La lumière nocturne estivale et évoquée par l’éclat scintillant des lampions.
- Au premier plan, le rhododendron (élément floral et décoratif emprunté aux estampes japonaises) accentue l’effet de profondeur souligné par la chaise posée en biais (au 3ème plan du tableau). Les formes géométriques du sol, posées en diagonale, créent l’espace de la terrasse. Une diagonale dessinée par le manche du long évantail replié contribue à l’impression de profondeur introduite par la diagonale de dallage du sol. La figure, vue de profil, et surtout le volume imposant de la robe occupent presque la moitié de la composition. Le bras à moitié recouvert d’un long gant sombre permet de renforcer le rythme des plans horizontaux. Cross choisit pour le fond de la composition la simplification des plans découpés en bandes horizontales.
- Derrière Irma Clare (1849-1933) se détachent quatre plans: le paravent divisé en deux plans – la partie inférieure est pleine tandis que la partie supérieure est rythmée par différents motifs géométriques ajourés – , la frise d’évantails blancs, les feuillages des plantes vertes émergeant du fond neutre bleu foncé. Il s’inspire des modèles d’estampes japonaises prisées par le groupe des artistes post-impressionnistes. La fin des années 1880 et le début des années 1890 correspondent à l’assimilation du japonisme par les artistes (les nabis, le groupe de Pont-Aven, les néo-impressionnistes).
- L’harmonie de jaunes, de bleus et de roses confère au portrait d’Irma Clare une sensation de hiératisme quiet. Cross conjugue dans ce tableau la technique de division de la touche colorée et le goût pour une composition décorative. Il développe avec une grande subtilité le « chromoluminarisme » qu’il adopte désormais à partir de 1891. (Source Sylvie Carlier, De Seurat à Klee, le néo-impressionnisme, Orsay, 2005)
