Les Andelys. La berge, Signac, août 1886
by Vincent on juil.28, 2009, under NEO-IMPRESSIONNISME, SIGNAC Paul
Paul Signac, Les Andelys. La berge, août 1886
Huile sur toile, 65 x 81 cm Signée et datée en bas à droite
Paris, Musée d’Orsay R.F 1996-6
- En juin 1886, Signac s’installe pour trois mois aux Andelys, une petite ville de Normandie. Il y peint une série de dix paysages selon la technique divisionniste. Les Andelys ; la berge est une des toiles les plus importantes de cette série.
- En juin 1886, deux semaines après l’ouverture de la huitième et dernière exposition impressionniste où il exposait ses premières oeuvres divisées, Signac prit ses quartiers d’été en Normandie. L’artiste préparait le deuxième Salon des artistes indépendants qui devait ouvrir ses portes le 21 Août. Il ne voulait donc pas trop s’éloigner de Paris et il renonça à son séjour habituel au bord de la mer. C’est au Andelys, non loin du Giverny de Monet, que Signac entreprit sa première véritable série de paysages néo-impressionnistes en explorant systématiquement les ressources du site.
- Ici, le peintre s’est placé en aval du village et nous voyons les façades géométriques du quai, dominées par les ruines du château Gaillard. La Seine occupe l’essentiel de la composition et Signac s’est plu à analyser la décomposition des formes qui se reflètent à la surface du fleuve. Les lignes directrices, horizontales, verticales et obliques s’équilibrent dans cette composition animée par les angles de la rive et des collines à l’horizon.
- De la même manière, l’organisation chromatique du tableau, fondée sur le contraste du rouge et du vert, répond à l’étude délicate d’un ciel bleu illuminé de menues touches de jaune et de blanc. La touche divisée exprime ici toute la subtilité de la lumière normande, changeante, claire et argentée. Les petites taches de couleur suivent la direction des lignes, verticales pour décrire les peupliers ou l’herbe du premier plan, obliques pour suivre la pente de la berge, horizontales pour évoquer la surface de l’eau. Dans une magistrale étude de reflets, les formes se dissolvent et la réalité du paysage tend à se défaire au profit d’une pure vibration colorée.
- A la fin de l’été 1886, la série des Andelys comptait une dizaine de tableaux. Ils avaient été peints dans un périmètre restreint, l’artiste ne déplaçant son chevalet que de quelques dizaines de mètres pour changer de point de vue, mais ils présentaient une étonnante variété formelle et chromatique. Le séjour normand fut interrompu par l’accrochage et l’inauguration de l’exposition des Indépendants où figuraient déjà les premières toiles peintes aux Andelys. Félix Fénéon les admira tout particulièrement: « Les plus récentes, elles sont aussi les plus lumineuses et les plus complètes. Les couleurs s’y provoquent à d’éperdues escalades chromatiques, exultent, clament. Et coule la Seine et coule dans ses eaux les ciels et les verdures riveraines ». Les Andelys. La berge fut exposé l’année suivante en 1887 au Salon des Indépendants où Gustave Kahn à son tour apprécia la vivacité des compositions de l’artiste: » Signac tente perpétuellement des coudes de rivières qui se peuplent d’îles boisées, des arbres se répercutent, les maisons se serrent, des paysannes lavent, des damiers de culture étincellent. C’est l’éblouissement du soleil de midi qui se fige en ces paysages, de ceux que nous connaissons les plus pénétrés de la joie des choses et illustrés des féeries de lumière ».
- L’année 1886 est capitale dans l’évolution du style de Signac. Ses premières oeuvres réalisées dans la banlieue parisienne, à Port-en-Bessin ou à Saint-Briac, témoignent de l’influence encore marquée des impressionnistes. Mais au début de l’année 1886, Signac se rallie aux expériences toutes nouvelles de Georges Seurat sur la division du ton et le mélange optique. Lors de la dernière exposition impressionniste qui s’ouvre en mai 1886, Seurat expose Un dimanche à la Grande-Jatte, véritable manifeste du divisionnisme. Signac participe lui aussi à cet événement avec des tableaux peints selon une technique à peu près semblable.
- Au Salon des artistes indépendants de 1887, Signac expose son tableau avec trois autres peints également aux Andelys. Sa production est remarquées par les critiques Paul Alexis, Gustave Kahn, Jules Christophe et Félix Fénéon. Ce dernier observe : « La verve de monsieur Signac accentue son tapage dans ses toiles nouvelles, paysage des Andelys, eau et verdure » (Les Impressionnistes en 1886). Gustave Kahn pour sa part relève l’extraordinaire luminosité de ces tableaux : « C’est l’éblouissement du soleil de midi qui se fige en ces paysages, de ceux que nous connaissions les plus pénétrés de la joie des choses et illustrés des féeries de la lumière » (La Vie moderne, 9 avril 1887). L’oeuvre est ensuite demeurée dans la famille de l’artiste jusqu’à son entrée dans les collections nationales en 1996.
