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Le Bec du Hoc, Grandcamp, Georges Seurat, 1885

by Vincent on juil.16, 2009, under NEO-IMPRESSIONNISME, SEURAT Georges

Seurat Georges, Le Bec du Hoc

Georges Seurat, Le Bec du Hoc, 1885

Huile sur toile, 64,8 x 81,6 cm

Londres, Tate Gallery

  • Georges Seurat passe l’été de 1885 à Grandcamp, en Normandie. Ce modeste port et ses environs lui inspirent onze études sur bois et cinq toiles abouties, déstinées à être exposées. Elles constituent la première incursion de Seurat dans la peinture de Marines et une contribution décisive à l’élaboration de la technique pointilliste. Le Bec du Hoc appartient à cet ensemble. Seurat y dépeint le rare relief spectaculaire à cet endroit de la côte. A l’Est de Grandcamp, le Bec du Hoc « se hausse harnieusement sur la mer calme et triste » (F. Fénéon, « à la revue indépendante », la Revue indépendante, mars 1888). Le promontoire est vu du bord de la falaise qui, dans un souci d’exactitude topographique, surgit de l’angle inférieur droit de la toile (voir H. Dorra et J. Rewaid, Seurat, l’oeuvre peint, biographie et catalogue critique, Paris, 1959, fig. 14, p. X, L, V).
  • Exécuté en atelier, le tableau a été préparé sur le motif par une étude sur bois (Canberra, Australian National Gallery). Le passage à la toile finale est l’occasion pour Seurat de monumentaliser ce que Fénéon décrivait comme un « petit promontoire » (Fénéon, op. cit.). La composition, simple et rigoureuse, place sur la ligne médiane le point le plus élevé du rocher, qui est aussi l’unique endroit du tableau où la pierre mord sur le ciel. La base du roc coïncide avec l’angle inférieur gauche du tableau, accentuant la progression abrupte du relief. Cinq oiseaux le surplombent en son sommet et attirent le regard sur sa hauteur. A l’instar des quelques voiles de bateaux à l’arrière-plan – seul signe de présence humaine -, leur taille est délibérément réduite, contribuant à amplifier l’ascendance du roc sur tout le paysage. Seurat n’a pas recherché une restitution illusionniste de la profondeur préférant une ligne d’horizon haute et un étagement des plans parallèle à la surface du tableau, à l’exemple des estampes Japonaises.
  • Le peintre a varié sa touche en fonction du motif dépeint (bâtonnets entrecroisés, pour le rebord de la falaise au premier plan dense réseau de points sur le promontoire, en particulier dans sa partie ombrée, touches horizontales pour la mer et plus fondues dans le ciel). Seule la bordure, peinte à posteriori, reçoit un semis de points réguliers: c’est à cette occasion sans doute que le peintre a ponctué l’eau de points colorés traduisant les reflets et les miroitements sur les flots. Enfin, Seurat a partagé sur le roc l’ombre et la lumière par un tracé au pinceau, qui, suivant les anfractuosités de la paroi, dessine une arabesque toute décorative.
  • L’opposition à Monet: L’artiste a dû songer ici aux vues de falaises de Claude Monet, éxécutées à partir de 1881 à Dieppe, Etretat, Pourville et Varangeville, en particulier Promenade sur la falaise, Pourville (1882, Chicago Art Institute), que Monet expose en 1883 chez Durand-Ruel. Toutefois, tandis que Monet veut retranscrire le transitoire, le mouvement, la vitalité, Seurat « synthétise le paysage dans un aspect définitif qui en perpétue la sensation » (F. Fénéon, « le néo-impressionnisme », l’Art moderne, 1er Mai 1987, repris dans Joan U. Halperin, Félix Fénéon, Oeuvres plus que complètes, Genève, Droz, 1970, T. I., p.74). Le dialogue engagé, non sans esprit de rivalité (P. Tucker, Monet. Le Triomphe de la Lumière, 1990, p.22 sqq.), se poursuit: à l’automne de 1886, quelques mois après la présentation du Bec du Hoc à l’exposition des impressionnistes et au Salon des Indépendants, Monet exécute une série de vues de rochers à Belle Ile: le motif et le cadrage évoquent la toile de Seurat, quand la facture, enfiévrée et tumultueuse, selon les termes d’Alfred de Lostalot en 1887 (A. de Lostalot, « exposition internationale de peinture et de sculpture (galerie Georges Petit) », gazette des Beaux-Arts, Juin 1887, p.522-527), empreinte une voie résolument contradictiore de l’orientation prise par le Bec du Hoc.
  • La séparation avec l’héritage impressionniste: Trois ans plus tard, en 1888, avec Port-en-Bessin, les grues et la percée , troisième peinture de mer et de falaise après La Grève du Bas-Butin, Honfleur (1886, Tournai, Musée des Beaux-Arts), Seurat achève de détacher encore le paysage néo-impressionniste de l’héritage de ce que Pissarro appelait l’ »impressionnisme romantique ». Il s’impose aussi comme l’un des représentants majeurs du genre. Lorsque sont montrés, à la dernière exposition impressionniste de 1886, trois des cinq toiles de Grandcamp – Le Bec du Hoc, le Fort Samson, Grandcamp (toile aujourd’hui disparue), et La Rade de Grandcamp (1885, Coll. Part.)-, en même temps qu’Un dimanche à la Grande Jatte (Chicago, the Art Institute), « les marines de Seurat ne furent même pas contestées par le journalistes. Leur immensité calme s’impose de prime vue, avec leurs fantaisies minées, ébréchées, rongées, leurs vagues au loin renaissantes, et l’énorme quantité d’air qui circule entre le ciel et cette eau » (P.Adam, « Peintres impressionnistes », La Revue contemporaine, avr 1886, 541-551).(Source Sylvie Patry le Néo-impressionisme de Seurat à Klee, Orsay 2005)

Sylvie Patry

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