Paysage au charbonnier, l’hiver, Bastien-Lepage, vers 1883-1884
by Vincent on juil.21, 2009, under BASTIEN-LEPAGE Jules, NATURALISME
Jules Bastien-Lepage, Paysage au charbonnier, l’hiver,
vers 1883-1884, Huile sur toile signée en bas à gauche: J.BASTIEN-LEPAGE, 59 x 77,5 cm
Vernon, Musée municipal Alphonse Georges Poulain, inv. 83.2.1
- Le bois de Damvillers: Marie-Madeleine Aubrun et Jacques Thuillier s’acordent pour situer la scène au bois de Damvillers, plusieurs fois représenté par Jules Bastien-Lepage. Jacques Thuillier pense, sans doute à juste titre, reconnaître sans doute dans ce tableau Le bois de Damvillers, l’hiver qui a figuré à l’exposition de l’hôtel de Chimay en 1885. Il croit pouvoir le dater de l’hiver 1883-84, lorsque le peintre, malade, se repose dans sa maison natale.
- Il est vrai que la campagne meusienne, pour qui veut bien emprunter les chemins de traverse, révèle de belles surprises aux amoureux des paysages d’une France rêvée, épargnée par les ravages de la vie moderne, presque celle des clichés touristiques. Cela était vrai déjà à l’époque de Bastien-Lepage, époque qui vante « cette charmante région, semblable à une vallée d’Arcadie! Une plaine immense sur laquelle se profile d’un côté la suite infinie des promontoires de la Woëvre, semblables aux dents d’un scie gigantesque avec la masse sombre du St Germain dans le lointain; d’un autre côté tous ces côteaux envignés où dévalent aux milieux des cerisiers et des pommiers, des chapelets de villages aux murs tous blancs, aux toits rouges, sous lesquels courent des rangées d’oeillettes qui sèchent au soleil, ces gorges où le chemin disparaît et s’enfonce une multitude de lacets, ces prairies fertiles et verdoyantes où l’on devine la Tinte sous un lit de myosotis et de nénuphars entre quelques vieux saules pourris et débranchés qui n’ont plus la force que de se soutenir. Seuls, Theuriet et Bastien pouvaient rendre exactement le charme et l’impression de calme et de fraicheur qui s’exhale de cet heureux coin de terre, ignorés des chemins de fer et où l’on trouve encore chez les habitants la simplicité et la bonne foi d’un autre âge. »(Jean Marie, « Au pays de Bastien Lepage: fantaisie », journal de Montmédy, 5 Jvier 1892)
- Quelques maigres arbres dénudés animent ces collines enneigées aux milieux des vallons, très typiques de la campagne meusienne. Décentré vers la gauche un charbonnier, qu’on a du mal à distinguer de la couleur de son charbon, s’active dans un paysage peu hospitalier en cette saison. Si la Nature Morte de Verdun porte également le nom d’ « Effet de blancs » surtout depuis sa restauration habile, Venise, le soir(fig. p 180), celui de « Symphonie en bleu » selon le mot de Jeanne Magnin, cette œuvre pourrait bien être un léger concerto de gris, presque de la musique de chambre pour cette toile où la matière ne fait parfois qu’affleurer.
- La couleur, éclairée par une lumière d’hiver si particulière, garde la place principale dans une composition très simple qui fait ressortir le ton assourdi des harmonies. Elle est rassemblée en grandes masses étagées: la neige au 1er plan qui joue avec la structure de la toile, le charbon bien distinct, la fumée presque discrète, la brune comme ancrée, la colline boisée au loin puis le vaste et beau ciel. L’œil va ainsi d’un 1er contraste de blanc presque pur accolé à un presque noir, à des nuances de gris plus ou moins clairs. On retrouve cette technique ample, cette manière presque esquissé dans plusieurs paysages lorrains. L’homme largement dominé par la nature, n’est ici qu’anecdotique (on ne voit que la fumée du bois qui brûle, comme une apparence trompeuse), lui dont la vie est entièrement tournée vers le rythme des saisons. Nulle place au pittoresque dans les paysages de Bastien-Lepage.
- Ce tableau est un excellent témoignage des réelles qualité de paysagiste de Jules Bastien-Lepage, qualités encore trop peu reconnues, comme il le pressentait lui-même: « Vous regardez mes études! Quand on les verra chez Georges Petit, on se dira que le petit Bastien savait aussi faire du paysage, quand il voulait s’en donner la peine. » (Theuriet 1885, p.831)
