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Pas mèche, Bastien-Lepage, 1882

by Vincent on juil.21, 2009, under BASTIEN-LEPAGE Jules, NATURALISME

Lepage Jules-Bastien, Pas mèche

Jules Bastien-Lepage, Pas mèche, 1882, huile sur toile, 132 x 89,5 cm

S loc D.b.g.: Jules Bastien-Lepage/Damvillers/82

Edimbourg, National Gallery of Scotland, inv 270.7183.60

  • Le succès de Bastien-Lepage aux expositions londoniennes, tant de la royale academy que de la Grosvenor Gallery, incitèrent le marchand Tooth à commander un tableau lors du séjour de 1881 à Londres de Bastien Lepage. Ce fut Pas mèche qui esquissé à Londres, fut terminé dans la ville natale du peintre; la palissade, le jardin et les maisons basses aux toits de tuiles à l’arrière plan sont tous à faits caractéristiques du lieu et de la manière du peintre de rehausser l’horizon, qui se retrouvent à de nombreuses reprises dans ses peintures.
  • Au 1er plan fièrement campé, un jeune garçon, tête penchée, yeux écarquillés et bouche entrouverte, semble dévisager le spectateur avc sûreté et ironie. Son accoutrement rapiécé, son pantalon trop court et ses chaussettes tombantes, ainsi que ses chaussures boueuses et sans lacets disant sa condition modeste. De plus la trompe de métal qu’il porte sur le dos et le fouet au manche de cuir qu’il fait reposer sur son épaule droite ne doivent pas être considérés comme des jouets mais comme les instruments de son travail (coquetier ou vendeur de denrées alimentaires) qui en font, en quelque sorte, le pendant rural et meusien, et éclatant de santé, du Petit cireur de bottes (cat 55) de Londres.
  • Les possibles significations du titre: Aucun de ces éléments n’explique le titre que porte le tableau depuis sa première exposition. Certains auteurs ont voulu y trouver une origine argotique qui correspond à « cet impossible », ou se sont référés au langage populaire où « il n’y a pas mèche » signifie: « il n’ y a pas moyen », « il n’ y a rien à faire ». Peut être est il possible d’envisager une autre solution, qui tient à l’origine même du mot mèche. En effet, venant du latin myxus et du grec muxa ce que ne sait certainement pas le modèle de Bastien-Lepage, le substantif « mèche » dérive « du champignon qui se forme, à la mèche d’une lampe, proprement morve, par assimilation de la morve pendante au nez avec une mèche » (Grand Larousse). Pas mèche pourrait donc signifier ici « qui ne laisse pas couler son nez » ou plus simplement qui n’est pas un morveux », que Le Grand Dictionnaire universel considère comme un mot familier pour signifier « bambin, petit garçon ou petite fille » (Pierre Larousse, op. cit., Tome XI, p.602). Dans l’esprit du peintre, et peut être encore plus de son modèle, c’était donc un « grand » qui posait, et pas …mèche.
  • Le choix du thème: Au Salon de 1882, qui ouvrit le 1er Mai, le peintre Fernand Pelez 4, exposait sous le n° 2075, une figure d’enfants pieds nus et en guenilles, sous le titre Irréconciliable, tandis qu’Alexander Thomas Harrison, avait fait enregistrer sous le n°1306, et le titre Châteaux en Espagne, un autre de ces enfants pauvres, dans un paysage de bord de mer. Le sujet des enfants démunis, qu’ils apparaissent sauvages ou bien policés, n’était l’apanage d’aucun artiste en particulier et s’insérait parmi les représentations de deshérités que présentaient les cimaises officielles, même si Louis Deschamps s’y illustrait plus particulièrement. La crise économique qui frappa la France au début des année 1880 semble avoir incité les artistes a traité des thèmes misérabilistes. Une fois encore, avec ces tableaux qui sont à la fois des portraits et des scènes de genre, Bastien Lepage donne une orientation nouvelle à une production qui semble plus particulièrement destinée aux amateurs. Cependant, cette fois-ci, il ne la crée pas de toute pièce mais participe à une thématique à la mode. Après Pas mèche, il va multiplier ce type de création, tentant d’investir tant le marché français avec, par exemple, la Petite fille allant à l’école, que le marché britannique avec le Petit cireur de bottes ou la Marchande de fleurs à Londres qu’il peindra l’été suivant mais qui ne retiendront l’attention d’aucun collectionneur. (Source Dominique Lobstein, Catalogue Jules Bastien-Lepage, Orsay)
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