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La Communiante, Bastien-Lepage, 1875

by Vincent on juin.13, 2009, under BASTIEN-LEPAGE Jules, NATURALISME

Bastien-Lepage Jules, La Communiante, 1875, hst, 50 sur 35, Tournai, Musée des Beaux-Arts

Jules Bastien-Lepage, La Communiante, 1875,

Huile sur toile, 50 x 35 cm S.D.b.g.: J Bastien-Lepage, 75.

Tournai, Musée des Beaux-Arts

Moins commenté que le portrait de M Hayem présent lors de la même exposition de 1875, La Communiante de Lepage retint tout de même l’attention de Mario Proth qui révéla l’égal intérêt des 2 tableaux. « Ces deux portraits, en effet, celui de la Communiante avec sa petite tête de maligne reinette, émergeant d’un flot de gaze et de tulle, celui du personnage décoré, un monsieur très moderne et très fort dont le nonchaloir satisfait, la physionomie précise, la main saturnienne ont été rendus avec un rare bonheur, ce sont là des coups d’éclat qui ont pour résultat d’obliger extraordinairement leur auteur. »

Le tableau, préparé par plusieurs dessins répertoriés dans le catalogue de l’exposition et dans celui de la vente 1885, (…) avait de quoi surprendre, et cela pour plusieurs raisons: par le sujet, dont on ne trouve aucun autre exemple depuis le début des années 1870, ainsi que par la taille modeste et par le dépouillement inhabituel pour une œuvre de Salon. Le modèle une cousine de l’artiste, Lucie Bastien, âgée de 12 à 14 ans en tenue de communiante, assise de face, immobile, enlevée sur un fond indistinct, prête ses traits au peintre, semblant ne ressentir aucune émotion, ni de l’instant solennel que représente sa communion, ni de ce travail de pose qui va l’immortaliser. Les yeux dirigés vers ceux du spectateur, mais le regard absent, sans rien de la « maligne reinette » qu’évoquait pourtant Proth, elle apparaît imperturbable, ni émue, ni troublée. Jouant avec son missel qu’elle dissimule dans ses mains, elle ne laisse guère deviner une fois immense et n’entretient aucun rapport avec les évocations habituelles de jeunes filles à l’église. (…) Peu soucieux d’évoquer la foi dans ce portrait , Bastien-Lepage semble y avoir affiché ses opinions républicaines et sa méfiance à l’égard d’une Église qui ne se révèle, sans toucher l’esprit, qu’au travers d’une parure blanche et précieuse4.

Cette volonté de distanciation du modèle qu’affiche le peintre renvoie à quelques œuvres antérieures, par exemple au portrait de Mlle Rivière, (Ingres, 1806, musée du Louvre), qui avait été offert au Louvre en 1870. Le rapport avec Ingres fut aussi souligné par Castagnary, mais au bénéfice de son contemporain, lorsqu’il écrivit dans son commentaire: « La petite communiante, du même peintre étonne par la finesse du dessin et la naîveté de l’expression. M Ingres a quelquefois crayonné aussi finement, il n’a jamais eut autant de charme.5 »

Dans le musée parisien, le peintre avait pu trouver d’autres modèles, plus particulièrement issus des écoles du Nord, parmi lesquels on peut citer l’Anne de Clèves (Hans Holbein le jeune, 1539, Le Louvre) de composition identique, où le vêtement joue aussi un rôle important, à l’égal du mouvement arrêté des mains. Une référence plus récente, doit encore être évoquée: le tableau de James Abbott Mc Neill Whistler, Symphonie en blanc n°1-La Fille blanche (1862, Washington, National Gallery of Art), que Bastien-Lepage avait probablement vu lors de son arrivée à Paris, puisqu’il avait été présenté à l’exposition universelle de 1867(…).

Cette symphonie en blanc dut marquer les artistes de l’entourage du peintre s’il faut en croire un commentaire d’Eugène Véron, à la p 217 de l’Art de 1876, évoquant deux peintures actuellement non localisées: « L’exposition du Cercle de l’union artistique est ouverte à la place Vendôme depuis le 8 Fév (…) M Carolus Duran, qui est décidément un peintre à la mode, attire le public avec deux portraits de femmes: l’une est vêtue d’une robe de satin noir pailleté de jais, avec des épaules et une poitrine qui semble être véritablement en ivoire (pauvre femme!); l’autre est une Mariée; elle a une robe de satin blanc, et abrite sa langoureuse rêverie dans des flots de mousseline. » En 1888 encore, La Bienheureuse de Gustave Courtois, un proche de Bastien Lepage, n° 657 du Salon de la société des artistes français de 1888, offrira, sur le seuil de la tombe, la même symphonie de tissus blancs. Et bientôt l’intérêt s’accroît comme le prouvent plusieurs exemples repérés dans la section Dessins du livret de la Société des artistes français de 1890, où des communiantes se rencontrent sous les crayons de Ellen Kendall Baker (n°2531) ou d’Armand Berton (n°2566).

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