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L’annonciation aux Bergers, Bastien-Lepage, 1875

by Vincent on juin.13, 2009, under BASTIEN-LEPAGE Jules

Bastien-Lepage Jules, L'Annonciation aux bergers, 1875, hst, 147 sur 115 cm, Melbourne, National Gallery of Victoria

Jules Bastien-Lepage, L’Annonciation aux Bergers, 1875,

Huile sur toile, 147,9 x 115,2 cm

S.D.b.g. (a posteriori): J.BASTIEN-LEPAGE/1875

Melbourne, National Gallery of Victoria

  • Jacques Thuillier a pu établir que, bon élève, Jules Bastien-Lepage tente, dès 1870, de se présenter au prix de Rome, point de départ quasi obligatoire d’une carrière officielle. Admis à s’inscrire pour le 2nd essai, il ne fut pas retenu parmi les finalistes. Il recommence dès que possible, en 1872 et 1873, sans succès. C’est seulement en 1875, qu’il est appelé à concourir pour l’épreuve finale: une Annonciation aux bergers, sujet tiré de l’Evangile selon St Luc. Le 8 Juin: « Je fais de mon tableau de loge avec beaucoup d’amour. Je penserai beaucoup à Ribera en peignant mes bergers . Ingres me dira comment comprendre mon ange. En somme je mettrai beaucoup de fièvre dans ce travail. »(Macé de Challes, la jeunesse de Bastien Lepage d’après sa correspondance inédite, Le Figaro, 17 Déc 1884). Il demande à ses parents de lui envoyer une gourde usagée, une houlette de berger et des peaux de bêtes pour lui permettre de donner plus de réalité à son tableau. Il met ainsi une œuvre ce qui le séduit chez certains maîtres anciens. Le Bon Samaritain, de Rembrandt, lui arrache ces mots: « Voilà comment on peut traiter les sujets bibliques ou historiques. Ramenons-le tout simplement à ce que nous voyons tous les jours » (Fourcaud, « Artistes contemporains: Jules Bastien Lepage »Gazette des beaux-arts, 1 Fév 1885, p107.) Avant l’annonce des résultats, « la plupart de ceux qui avaient vu l’œuvre (…) répétaient qu’il emporterait le prix » (Theuriet mars 1885, P814). Le jugement préparatoire du 28 Juillet le propose, mais le jugement définitif après 12 tours de vote! Le désigne second. Pour sortir de l’impasse, Cabanel lui-même, propose Léon Comerre, un candidat plus académique. Son Annonciation lui vaut quand même l’honorifique second grand prix.
  • Ce dernier est furieux: « C’est le commencement (…) d’une lutte à outrance entre la vieille école des fausses traditions, et de la jeune école. Aujourd’hui, je suis vaincu, demain, je serai le vainqueur parce que l’opinion de tous est avec moi (…) Mes plus vaillants défenseurs étaient Mrs Baudry, Gérôme, Garnier, (…) C’est moi qui ait le Grand prix. L’opinion publique me l’a donné » (Fonds Dominique Médard, en dépôt à Montmédy, musée Bastien-Lepage).
  • L’opinion est effectivement de son côté: « Dans ce tableau où les défauts ne se cachaient pas, éclataient en désordre et sans goût je ne sais quelles forces confuses et indisciplinées. On ne vit qu’il y avait là une promesse virile. » (Paul Mantz, Bastien Lepage, Le Temps, 23 Déc 1884). La dichotomie naturalisme/idéal, engagée avec la Chanson du Printemps, se poursuit ici. C’est, sans doute, cette conception peu académique qui lui fait manquer le prix.
  • En réalité il n’y a pas deux manières dans ce tableau, comme les critiques le laisseront entendre par leur souci de distinguer l’ange idéalisé des bergers naturalistes; ils ne forment qu’un seul et même sujet, étroitement lié par le jeu des regards, les lignes obliques des bergers, qui vont buter contre la verticale de l’ange. Tout concourt ici à décrire une apparition, un rêve au milieu du réel. Le vieillard ne semble même pas savoir où regarder tant il semble éperdu devant cette figure éblouissante de clarté. L’impression de stupeur est parfaitement rendue par les mains arrêtées net dans leur élan. Si les pâtres sont saisissants de réalisme (la peau ridée du vieillard, ses articulations noueuses, les favoris du plus jeune, son long cou, ses mains qui font penser aux Fragments anatomiques de Géricault) et se reconnaissent aisément de l’influence de l’adoration des bergers de Ribera, l’ange ne doit que peu à Ingres, et est bien plus proche, en définitive des primitifs italiens. La touche, aussi, paraît surprenant dans un tableau qui ne se doit d’être strictement orthodoxe. Les critiques favorables au naturalisme des pâtres le disent fortement: « Ses bergers sont (…) d’une exacte rusticité. L’ange n’est qu’un placage, et la réalité des pâtres rend presque choquante cette réminiscence gothique. (…). Une œuvre hybride (…) mais qui n’en est pas moins intéressante parce qu’elle marque le point de départ d’un talent original. »(Tardieu, L’Art, 1878, p 111-112).
  • D’autres préfèrent l’ange: « On peut adresser plus d’une critique au groupe des bergers, (…)mais l’ange (…) est d’un mouvement superbe ». Charles Bigot, « peintres français contemporains: Jules Bastien Lepage », Revue politique et littéraire, 2 Mai 1885, p 547). Bien évidemment certains aiment l’œuvre en son entier: le second berger « est un morceau de maître (…) M Bastien s’est souvent des primitifs, lorsqu’il a conçu son ange, et ses bergers sont manifestement inspirés de Millet. » (Ballu, L’Art, 1875, p 348 349). Beaucoup considèrent, à juste titre, cette œuvre comme essentielle dans la production du peintre.(Source Catalogue Jules Bastien Lepage signé J M)
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