Mystère catholique, Denis, 1889
by Vincent on oct.12, 2009, under DENIS Maurice, Les NABIS
Maurice Denis, Mystère catholique, 1889
Huile sur toile signée en bas à droite verticalement: MAVD 89, 97 x 143 cm
Saint Germain en Laye, musée départemental Maurice Denis
Maurice Denis a exécuté six versions différentes du Mystère catholique. Celle qui est présentée ici est la deuxième, c’est celle qui conserva chez lui toute sa vie. C’est également la plus grande, la seule qui possède des proportions quasi monumentales. Paradoxalement, c’est aussi celle dont la composition est la plus épurée et dont les motifs sont le plus synthétiquement représentés. Les six oeuvres sont conçues sur le même principe, celui d’une Annonciation dans laquelle la figure traditionnelle de l’ange est remplacée par la représentation d’un diacre précédé de deux enfants de choeur et montrant le texte d’un livre ouvert.
La scène se passe dans un intérieur très simple, devant une fenêtre à travers laquelle on aperçoit les collines et les arbres en fleur d’une campagne printanière. Uniformément vêtue de blanc, Marie est assise sur la droite, la main légèrement repliée sur le ventre, avec à ses côtés un grand lis dans un vase. L’évocation dans l’Incarnation de l’Immaculée Conception est très nette, mais les vêtements contemporains du diacre et des enfants ainsi que la modernité du décor et des figures se rapporte à l’Eglise actuelle. Denis a l’art de régénérer un sujet. Le traditionnel ange Gabriel est modernisé en diacre, messager divin. C’est son premier amour d’adolescent, Jeanne Dufour, surnommée « Jeanne la Douce », une apprentie modiste chez sa mère, qui inspire Denis pour « représenter le reflet de Marie, la « Reine des Vierges » dont les textes de Saint Luc ont célébré le charme. Tout se plie à une stylisation linéaire et décorative: le lis orné d’allusions poétiques à la pureté, le paysage aux couleurs printanières inspiré par la proche colline de Mareil, ou les rideaux, marqués du signe de la croix, ressemblant à des bannières de croisés. Son style se joue des passages entre l’archaïque et le contemporain, le grave et le gracieux. Cette Annonciation n’est donc pas simplement l’annonce de la maternité de Marie, elle contient en elle-même le mystère de la Rédemption et l’affirmation du rôle de l’Eglise.
A l’expression de la foi spontanée du croyant, Denis ajoute un manifeste catholique qui le situe délibérément parmi les peintres chrétiens. Sur un plan plastique et symboliste, il faut noter l’accentuation volontaire du caractère surnaturel de la scène par l’emploi de couleurs pâles, presque blanches, qui suggèrent la pureté, c’est-à-dire la virginité de Marie, et « représentent » la lumière, celle qui vient de la foi. Le diacre et les enfants de choeur, dont les robes se confondent avec les parois du mur, prennent le caractère d’une vision surnaturelle qui s’impose subitement à l’esprit de Marie. Celle-ci a les yeux baissés, elle ne le regarde pas. Pourtant, comme sous l’emprise d’une pensée soudaine, elle lâche le livre qu’elle tient à la main et se redresse légèrement. Selon le mode symboliste qui lui est propre, Denis utilise donc ici des moyens purement picturaux pour suggérer une sensation d’ordre spirituel. (Source Agnès Delannoy et Anne Roquebert)
