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Marthe au piano, Denis, 1891

by Vincent on oct.12, 2009, under DENIS Maurice, Les NABIS

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Maurice Denis, Marthe au piano ( Le Menuet de la princesse Maleine), 1891

Huile sur toile signée en bas à gauche: MAURICE DENIS 1891 et signée en haut à droite verticalement: MAVD

Paris, Musée d’Orsay

« Aimons, aimons, aimons », écrit Maurice Denis dans son Journal le 23 octobre 1890, avant de poursuivre, quelques lignes plus loin:  » Et il m’apparaît normal dans son corps et dans son âme, toute comme elle est » (T.1, p.81-82).

C’est le temps des premières rencontres, mais il ne nomme pas encore celle qui deviendra son modèle privilégié, puis son épouse tant aimée, Marthe Meurier. Il ne le fera qu’un an plus tard, dans son Journal, mais également dans sa peinture, avec ce portrait de Marthe au piano.

Denis choisit de représenter Marthe assise de trois quarts à son piano, la main droite délicatement posée sur le clavier, non pas absorbée dans la lecture d’un morceau de musique, mais dans une contemplation toute intérieure. Le profil de la jeune femme se découpe sur le blanc de la partition, ce qui confère une légère profondeur à la scène. Cependant, les boucles de la chevelure, qui se fondent dans les motifs décoratifs du mur, ou la fleur qui s’en détache, pour devenir un élément de l’illustration de la partition, ramènent l’espace à deux dimensions.

On retrouve dans ce portrait plusieurs éléments caractéristiques du travail de Denis cette année-là: la touche pointillé qui se substitue aux aplats de couleur utilisés jusqu’alors, l’importance accordée à l’arabesque, avec les courbes du tablier et de la robe de Marthe, la sinuosité du ruisseau et des figures de la partition ou le jeu d’entrelacs du papier peint. Le traitement vermiculé du mur, commun à plusieurs oeuvres que le peintre exécute en 1891, en ne laissant aucun espace libre sur la toile, montré également ce que Denis doit à l’art japonais et renforce le caractère décoratif du tableau. En hommage à Marthe, Denis a placé en bas à droite – là où les artistes peuvent traditionnellement placer leur signature – un bouquet de cinq clochettes de jacinthe, qui si l’on se réfère au langage des fleurs, symbolise aussi une déclaration amoureuse du peintre.

Ce portrait se fait également l’écho du goût que Denis partage avec sa bien-aimée pour la musique et la littérature. La partition posée sur le piano et illustrée par Denis a été traditionnellement attribuée à Pierre Hermant, mais n’a pas été retrouvée jusqu’à présent. Le compositeur se serait inspiré de la Princesse Maleine, oeuvre de Maeterlinck publiée à Gand en 1889. Les deux fiancés, de même qu’ils partagent la lecture d’Edgar Poe ou de Stéphane Mallarmé, ont lu avec passion la pièce rendue célèbre par les articles d’Adolphe Retté (Art et Critique, 4 Janvier 1890) et d’Octave Mirbeau (Le Figaro, 4 Août 1890). « Elle relit la princesse Maleine jusqu’à deux heures de la nuit. Elle est pâle, énervée, caressante », note Denis en octobre 1891 (Journal, t.I, p.87).

L’atmosphère de ce portrait reste cependant bien loin de celle du drame de Maeterlinck où la mort triomphe de l’amour. (source d’Isabelle Gaëtan)

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