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Jeux d’eau ou Le Voyage, Bonnard, 1906-1910

by Vincent on jan.10, 2010, under BONNARD Pierre, Les NABIS

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Pierre Bonnard, Jeux d’eau ou Le Voyage, 1906-1910

Huile sur toile, 250 x 300 cm

Paris, Musée d’Orsay

Ce grand panneau décoratif fait parti d’un ensemble de quatre tableaux de dimensions imposantes peints par Bonnard entre 1906 et 1910 pour la salle à manger de Misia Sert, quai Voltaire à Paris. L’ancienne épouse de Thadée Natanson, la ravissante égérie des Nabis, avait épousé le 24 Janvier 1905 Alfred Edwards, propriétaire du journal Le Matin, avant de devenir en 1920 la femme du peintre espagnol José Maria Sert. Les trois autres panneaux sont les suivants : Panneau décoratif ou Le Plaisir (1906-1910, 250 x 300 cm, Paris, Coll. Adrien Maeght) ; Paysage animé de baigneuses (1906-1910, 250 x 480 cm, Los Angeles, Getty Museum) ; Après le déluge (1906-1910, 250 x 450 cm, Ikeda, Japon).

Cette décoration fut exposée pour la première fois en 1910 au Salon d’automne à Paris, en même temps que les huit panneaux constituant la décoration intitulée Soir florentin de Maurice Denis. 1906, date de la commande de Misia, est aussi celle de la première exposition personnelle de Bonnard chez Josse et Gaston Bernheim qui deviendront ses marchands attitrés. La période 1900-1906 marque une nette évolution dans la peinture de Bonnard. L’éclatement du groupe nabi, chacun de ses membres suivant sa propre voie, amène Bonnard à s’écarter progressivement de ses préceptes ; il ne peint plus en aplat colorés, retrouve un certain sentiment de l’espace en abandonnant les compositions fermées de sa période nabie et redécouvre, en un certain sens, les jeux de lumière chers aux impressionnistes.

Cette évolution progressive de la peinture de Bonnard correspond également l’apparition de ses premières grande compositions décoratives comme En barque (musée d’Orsay) de 1907, Les Trois Grâces (coll. Bernheim) de 1908, La Méditerranée, ensemble réalisé pour Ivan Morosov en 1911, et les quatre panneaux peints entre 1916 et 1920 pour la famille Bernheim, La Symphonie pastorale, Le Paradis terrestre, Monuments et paysage de ville, dernier grand cycle programmatique de Bonnard. Comme ses amis Maurice Denis et Kerr-Xavier Roussel, Bonnard renoue avec la tradition classique et les thèmes arcadiens. Rêve d’un âge d’or mythique cher à Poussin et à Claude Lorrain, qu’illustreront plus tard Puvis de Chavannes dans ses grandes décorations et Gauguin dans sa toile D’où venons- nous ? Que somme-nous ? Où allons-nous ? La joie de vivre de Matisse date également de 1906.

L’ensemble des quatre panneaux réalisés pour Misia était destiné à s’assortir à un intérieur aux meubles anciens. Chaque toile est ornée d’une bordure irrégulière de fond orange où s’agite des singes et des pies avec la plus grande fantaisie. Celle-ci n’est pas sans évoquer les tapisseries à thèmes exotiques qui meublaient les salons du XVIIIè siècle, mais aussi les grandes compositions décoratives de Puvis de Chavannes aux encadrements végétaux. Ne pourrait-on voir, dans ces singes jouant avec des colliers de perles, une allusion à peine voilée à la belle Misia, célèbre croqueuse de diamants ?

Jeux d’eau est une invitation au voyage où des baigneuses mythiques s’ébattent dans l’eau au bord d’un rivage irréel où l’on aperçoit la figure accroupie d’un Oriental. Dans la partie gauche de la composition vient s’insérer un mystérieux galion peuplé de figures contemporaines qui crée un décalage temporel et spatial typique de l’humour fantaisie de Bonnard.

Guy Cogeval a vu dans Jeux d’eau une suite merveilleuse aux archétypes de la peinture française traitant également du rivage exotique : Les Marchands orientaux de Théodore Chassériaux (1848) qui faisait partie du décor de l’ancienne Cour des comptes Paris et Marseille, porte de l’Orient de Puvis de Chavannes, grande décoration pour le musée des Beaux-Arts de Marseille. Il faut également se souvenir qu’en 1905 et 1906, Bonnard avait fait un voyage en Hollande sur le yacht de Misia, Aimée. En juin 1905, il s’était trouvé en compagnie de Maurice Ravel qui venait de mettre en musique le poème Asie de Tristan Klingsor dans son cycle de mélodies, Shéhérazade. (source Claire Frèches-Thory)

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