Avril (Les Anémones), Denis, 1891
by Vincent on oct.12, 2009, under DENIS Maurice, Les NABIS
Maurice Denis, Avril (Les Anémones), 1891
Huile sur toile signée en bas à droite verticalement: MAVDENIS 91 et inscription vers le haut sur l’arbre: AVRIL
Collection Particulière
Maurice Denis aimait les promenades solitaires dans la forêt de Saint-Germain en Laye, particulièrement au printemps, et celle-ci sera le cadre de plusieurs tableaux importants – tel le Jeu de volant. Les carnets de croquis de ses quinze ans comportent de très nombreuses études d’arbres, qu’il faut dessiner « aussi ressemblants que si c’étaient des bonshommes », conseillera t-il plus tard aux jeunes lecteurs de ses Premiers paysages. La forêt est parfois un motif de tableau, comme dans La forêt aux anémones (1889, Collection Particulière), où des arbres massifs et tortueux, couverts de lierre, s’élèvent entre des arbustes squelettiques sur un tapis de fleurs blanches. Mais, la plupart du temps, la forêt présente pour Denis un lieu de projections mentales. Ainsi, dans cet Avril, le peintre situe-t-il dans le même paysage « un chemin de la vie » qui serpente entre les ronces du mal et de la souffrance – à peine indiquées – et un arbuste rose porteur de floraisons futures.
Au premier plan, une jeune fille cueille des fleurs; plus loin, elle est figurée en vêtement blanc – de fiançailles? – sur un chemin qui conduit, à l’arrière-plan, vers un ciel à peine entrevu. Au fond se profile la silhouette d’un couple – traduction d’un espoir ? Les couleurs volontairement non réalistes, les lignes sinueuses et le pointillé ornemental accentuent le caractère décoratif de l’oeuvre, qui propose une vision idéaliste du déroulement de la vie. Ce tableau, composé alors qu’il n’a que vingt ans, est à l’origine de plusieurs thèmes symbolistes que l’artiste tout au long de sa vie.
L’année suivante, Denis reprendra le même sujet et les mêmes attitudes pour l’un des quatre panneaux destinés à une chambre de jeune fille, également titré Avril. Le thème du printemps annonce Figures dans un paysage de printemps, Virginal printemps ou encore le premier plafond pour Chausson. Quant aux thèmes de la cueillette de la vie et de la jeunesse devant laquelle s’ouvrent les chemins de l’existence, on les retrouve dans les recherches pour l’illustration de la Sagesse de Verlaine, ainsi que dans le Paravent aux colombes. Bien des années plus tard, c’est en regardant ses enfants que Denis les peindra, dans La Forêt printanière, cueillette des anémones (1909, Collection Particulière)
Acheté à l’origine par le critique Arsène Alexandre, ce tableau historique sera acquis vers 1910 par le financier Adolphe Stoclet, lors de la construction, confiée à Josef Hoffmann, de son palais Art nouveau à Bruxelles: il prendra place dans un petit salon, auprès du portrait par Théo Van Rysselberghe et à proximité du fameux décor en mosaïque de la salle à manger dessiné par Gustav Klimt.(Source Fabienne Stahl)