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Sainte Cécile, Le Dominicain, vers 1617-1618

by Vincent on sept.07, 2009, under Le Dominicain, Le STYLE BAROQUE

Domenichino santa_cecilia

Domenico Zampieri dit le Dominicain, Saint Cécile, vers 1617-1618

Huile sur toile, 159 x 117 cm

Paris, Musée du Louvre

Répertoriée pour la première fois dans la collection Ludovisi en 1623, la Saint Cécile est devenue rapidement une des oeuvres les plus fameuses et les plus copiées du Dominicain. En effet en 1625, l’auteur en personne fut payé 50 scudi pour une réplique d’un tableau représentant Ste Cécile tenant son violon avec les yeux levés vers le ciel, et un ange portant au-dessus de sa tête un livre ouvert. Cette toile entra dans la collection du marquis Fernand Cospi mais il nous est très difficile de savoir s’il s’agît d’une réplique autographiée, d’un travail d’atelier et de voir la fidélité avec laquelle il s’est conformé à la version originale.

La toile du Louvre a été peinte à la même époque que les Sybilles de la collection Borghese, ou peut être un peu plus tard, après le départ du Dominicain de Rome, parce que le modelé plus large, les couleurs changeantes et les types physiques plus lourds semblent anticiper les Sibylles peintes au début des années 20. Ce tableau est aussi un hommage à la fameuse Ste Cécile de Raphaël, une toile à laquelle le Dominicain aurait eut accès directement à son retour de Bologne en 1617, deux ans après l’achèvement des fresques de St Louis, des fresques représentant les moments de la vie de la sainte. Le culte de Ste Cécile comme celui de Ste Agnès, fut particulièrement vif dans les premières années du XVIIème siècle parce que Ste Cécile avait été exumé en 1599 à Trastevere et le corps de cette vierge et de cette martyre romaine avait été retrouvé intact. Une statue de Stefano Maderno est placée sous l’autel central et la position dans laquelle elle fut retrouvé en la présence du cardinal Sfondrato et Baronio, avec un voile enveloppé autour de sa tête: par la suite le turban allait devenir un de ses attributs plus fréquent.

Comme le Roi David jouant de la Harpe, un peu plus tardif, ce tableau montre l’attachement passionné du Dominicain pour la musique. Cecilia regarde vers le ciel jouant de « la bâtarde violette » à sept cordes pendant que le puto tient une partition musicale contemporaine adaptée pour un accompagnement musical en bas continu.

Comme pour Les Sybilles Borghese, la partition a été écrité par Gerolamo Giacobbi, compositeur bolonais qui fut informé de l’activité musicale du Dominicain. Le texte est une sorte de cantique : « psallenda », prévu pour être chanté en l’honneur de Ste Cécile devenue Ste patronne de la musique: « Cantibus organis/ Caecilia virgo/ Soli Domino decantabat dicens/ Fiat domine Cor meum immaculatum/ Ut non confundar ».

L’engagement musical du Dominicain, bien documenté, se veut tout de même être d’une ambition plus théorique que pratique: il s’est concentré sur l’étude approfondie de l’antique musique chromatique et harmonique et sur la construction d’instruments aptes a jouer de tels harmonies. Par plaisir, l’artiste a voulu se plonger dans une démarche intellectuelle sur les effets émotionels de la musique. Le Dominicain était favorable à la « deuxième pratique » à peine développé qui constituait un complément à sa démarche artistique, un apport dans son vocabulaire sur les émotions des plus variées, douces ou dramatiques mais véritablement claires pouvant établir par cela une communication particulière avec le spectateur et de l’ébranler davantage. De la même manière que leur imagination va refuser la complexité et l’ambiguïté des peintures maniéristes, la musique vocale de la « seconde pratique » va privilégier l’expression textuelle dans le respect des règles traditionelles des pratiques de la dissonance, et favoriser la clarté de l’exécution vocale dans le seul respect de la polyphonie « contrappuntistica ».

Bien entendu ils existent une longue liste de peintres qui ont étudier la musique, spécifiquement ses combinaisons avec l’architecture et les mathématiques. Ce qui distingue le Dominicain et la profondeur de ses recherches théoriques et spécifiquement sur les trois tétracordes grecs ( gamme diatonique, chromatique et harmonique) ce qui lui apporta l’estime de Giovan Battista Doni, le principal théoricien musical de ce siècle. Dans un traité publié en 1635, Doni loue le Dominicain pour ses idées de création d’un nouveau clavesin permettant de retrouver les gammes antiques: chromatiques et harmoniques.

On peut imaginer que Vincent Giustiniani, le célèbre collectionneur et théoricien qui écrit vers 1628 un Discours sur la musique et commissionait au même moment le Dominicain dans la figure entière de St Jean l’Evangéliste, admire ce musicien et chanteur expressif mais discrèt. En comparant le nouveau « style de la récitation » avec celui du passé qui était très brut, Giustiniani louait les interprètes vraiment doués qui savaient « bien faire comprendre les mots appliquant à chaque syllabe une note douce, forte, lente ou rapide, montrant dans la pensée et dans les gestes les signes de quelque chose qui se chante, mais avec modération et qui ne couvre pas le reste.

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