Wapping, Whistler, 1860-64
by Vincent on juil.24, 2009, under IMPRESSIONNISME, WHISTLER James
James Mc Neill Whistler, Wapping, 1860-64,
Huile sur toile, 71,1 x 101,6 cm,
Washington National Gallery of Art coll. John Hay Whitney, 1982
- La scène représentée dans Wapping se passé dans un endroit misérable des docks de Londres et se rattache au theme de la vie moderne que Whistler et ses amis parisiens, Alphonse Legros et Henri Fantin-Latour (la « Société des Trois »), appréciaient dans l’œuvre de Gustave Courbet. Alors qu’il travaillait à cette œuvre, Whistler écrivit à Fantin qu’il voulait peindre une prostituée, très décolletée (plus tard, il la rendit plus décente), se moquant d’un matelot. Un troisième personnage complète la scène (il s’agit peut être d’un souteneur) ; c’est Legros qui a servit de modèle pour cet homme, tandis que la maîtresse de Whistler, Joanna Hiffernan, a posé pour le personnage féminin. Ce tableau audacieux des mœurs louches d’un quartier des bords du fleuve fait penser aux Demoiselles des bords de Seine que Courbet avait exposé au Salon de 1857 (Paris, Musée du Petit Palais). D’ailleurs, Whistler avait gardé son sujet secret, de peur que Courbet ne lui volât. En outre, Whistler, comme Manet et Degas – mais contrairement à Courbet ou à Monet – était à la fois un dandy et un flâneur des villes, et son goût pour l’encanaillement ne s’opposait en rien à son amour du raffinement esthétique. Alors que Courbet cherchait à célébrer la banalité, en donnant à des corps bien réels, palpables, concrets, une majesté stylistique digne des maîtres anciens, Whistler, avec sa perception des nuances, saisissait les subtilités visuelles les plus complexes dans un décor qui en semblait totalement dépourvu. Cette capacité a animé le quotidien caractérisait aussi le « pouvoir de Jimmy » en tant que conteur, selon l’un de ses collègues artistes, Thomas Armstrong (1912, p.181) :
« il ne nous racontait rien qu’il n’eût entendu, ni n’omettait rien d’important mais, en mettant l’accent au bon endroit, il créait un expression imagée intéressante, de la même façon qu’il était capable d’éclairer pour nous une parcelle d’un banc de boue de la Tamise à découvert (et il y aurait des bancs de boue le long de la Tamise en ce temps-là), avec un chaland dessus et une souche ou deux, choses que, tout seuls, nous n’aurions pas remarquées. »
- Exécuté avant l’achèvement des travaux du système d’égouts qui devait bientôt épargner à Londres la puanteur des excréments charriés par le fleuve, Wapping réinterprète, en se conformant à la curiosité amorale du réalisme français, l’association victorienne des eaux troubles de la Tamise et du péché de chair. Au lieu de peindre sur les visages des protagonistes les expressions convenues, sentimentales, des tableaux de genre du XIXè siècle, Whistler donne à ses personnages un air étrangement inexpressif qui – comme dans l’œuvre de Manet – brouille la distinction entre peinture de figure et nature morte.
- A propos du penchant de Whistler pour l’observation distanciée ; le critique Philip Gilbert Hamerton écrivait : « Aime-t-il réellement quelque chose, je n’ai jamais pu me dire, mais il a une prédilection pour les quais de la Tamise, qui, chez une nature plus chaleureuse, se serait transformée en affection puissante. Whistler semble, d’après ses œuvres, […] n’être pas vraiment expansif ni compatissant, mais concentré sur lui-même et opposé aux émotions plus douces. » Quand, dans The Gentle Art of Making Enemies, Whistler cita Hamerton en se moquant de lui (“Si sa beauté était la seule province de l’art, ni les peintres ni les graveurs ne trouveraient de quoi s’occuper dans le flot infâme qui inonde les quais de Londres »), il omit le passage pertinent et flatteur qui suivait : « mais la laideur elle-même peut être précieuse pourvu qu’elle offre suffisamment d’intérêt humain et une variété de lignes imprévue […] Cela prend un certains temps d’analyser un des sujets de fleuve de Whistler, plus complexes, et nous trouvons du plaisir à cette occupation, [plaisir] augmenté par le singulier talent du dessinateur. » (G. Hamerton, 1868, p.112-113, 115). Ce jugement de Hamerton, qui concernait les eaux-fortes de la Suite de la Tamise, peut s’appliquer également à Wapping.(Source Jonathan Ribner, Catalogue Turner Monet Whisler, Paris Toronto Londres, 2004-2005)
