Portrait de William Sisley, Pierre-Auguste Renoir, 1864
by Vincent on juil.17, 2009, under RENOIR Auguste
Pierre-Auguste Renoir, Portrait de William Sisley, 1864
Huile sur toile signée et datée à mi-hauteur à gauche en biais: A.Renoir.1864, 81 x65 cm
Paris, Musée d’Orsay RF 1952-3
- Après l’avoir été une 1ère fois en 1864, Renoir fut de nouveau admis au Salon de 1865; d’après le livret de ce Salon, une des oeuvres exposées était un portrait d’homme « Portrait de M.W.S ». Il y a tout lieu de croire qu’il s’agissait du tableau du Jeu de Paume.
- L’identification du modèle, William Sisley, père du peintre Alfred Sisley, a été confirmée par la publication d’une photographie due à un petit cousin de l’artiste. William Sisley, fils d’un anglais lui-même fixé en France, était né à Dunkerque, le 6 déc. 1799. On ignore la date et le lieu exact de son décès. Toutefois son nom disparaît en 1871 de l’Annuaire commercial Didot-Bottin où il était précédemment répertorié comme négociant résident passage Violet (lieu qui n’existe plus à Paris) et on le présumé décédé à cette époque. On ne sait rien d’autre sur lui se ce n’est la tradition qui en fait un bourgeois aisé qui avait permis à son fils Alfred de se consacrer à la peinture. Or Alfred Sisley, qui fréquentait l’atelier Gleyre au moment où Bazille, Monet et Renoir y étaient inscrits, s’était rapidement lié avec Renoir. On peut facilement imaginer qu’Alfred Sisley fut l’instigateur de la commande à Renoir du portrait de son père, ayant trouvé là un moyen d’aider un camarade doué mais désargenté.
- Champa a rapproché ce portrait de celui de Monsieur Bertin par Ingres (Paris, Musée du Louvre) et de ceux de Fantin-Latour, tout en soulignant que Renoir, malgré ses emprunts, se démarquait nettement de ses modèles – antagonistes d’ailleurs – mais parfaitement assimilés. Ce portrait, où les chairs fermement modelées, rehaussées de rouge et ombrées de tons chauds, contrastent avec le noir dense du costume, demeure assez austère malgré le rouge adouci du fauteuil discrètement rappelé en bas à droite. La combinaison des couleurs suit l’enseignement académique, le modelage du visage est mis en avant notemment par le rouge mais on constate une facture très libre lorsque l’on regarde le modelé du visage et les coups fluides de peinture pour les cheveux. Cette texture légèrement brossée agit comme une feuille de métal et permet ce modelé ferme de William Sisley. Le fond, bistre, est laissé volontairement inégal; il fait penser à celui qu’emploie Fantin-Latour dans son portrait de Delacroix inclus dans L’Hommage à Delacroix (Paris, Musée d’Orsay) exposé au Salon de 1864, au fond de certaines natures-mortes contemporaines de Manet, mais aussi préparations de Thomas Couture.
- Malgré ses qualités évidentes, cette toile ne paraît pas avoir retenu l’attention d’un seul critique à l’époque; il est vrai que ni le modèle, ni le peintre n’était connu. Ce portrait a appartenu à la soeur de Sisley, Aline-France qui épousa le Dr Leudet (qui a autrefois passé pour être le modèle de ce portrait). Il fut acquis de la famille Leudet par Bernheim-Jeune en 1910 et vendu aussitôt à Ernest May qui, toutefois ne le garda que quelques mois. Il fut acquis par les Musées Nationaux en 1952.
