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Portrait d’Ambroise Vollard, Cézanne, 1899

by Vincent on juil.22, 2009, under CEZANNE Paul, IMPRESSIONNISME

Cézanne Paul, Portrait d'Ambroise Vollard

Paul Cézanne, Portrait d’Ambroise Vollard, 1899

Huile sur toile, 100 x 81 cm

Paris, Musée du Petit Palais

  • Maurice Denis rapporte dans son journal, le 21 Octobre 1899:  » Vollard pose tous les matins chez Cézanne, depuis un temps infini. Dès qu’il bouge, Cézanne se plaint qu’il lui fasse perdre la ligne de concentration. Il parle aussi de son défaut de qualités optiques: de son impuissance à réaliser comme les anciens maîtres (Poussin, Véronèse, Le Nain, il aime aussi Delacroix et Courbet): mais il croit avoir des sensations. Pour s’entraîner à peindre dès le matin. Il se promène l’après-midi au musée du Louvre ou du Trocadero et dessine des statues, des antiques ou des Puget, ou il fait une aquarelle en plein air: il prétend ainsi être tout disposé à bien voir le lendemain. S’il fait du soleil, il se plaint et travaille peu: il lui faut le jour gris « .(Denis, 1957, p.157) Une autre indication intéressante sur la façon dont Cézanne procédait, dans ce portrait et dans d’autres, nous est donné par Gasquet: « Durant de nombreuses séances pasraît -il donnait à peine quelques coups de pinceau, mais ne cessait de dévorer des yeux son modèle. Le lendemain, M.Vollard retrouvait la toile avancée par trois ou quatre heures de labeur acharné. Le portrait de mon père (Henri Gasquet) fut peint aussi d’après la même méthode (…) il avait la mémoire des couleurs et des lignes comme pas un peut-être. »(Gasquet, 1926, p.92)
  • Ambroise Vollard (1868-1939) fut le premier marchand de tableaux à s’intéresser à Paul Cézanne. Encore étudiant en droit, en 1892, il aurait découvert sa peinture au seul endroit où l’on pouvait la voir alors à Paris, dans la boutique du légendaire père Tanguy, marchand de couleur et prospecteur des artistes, Vollard, dès l’année suivante, ouvre sa galerie au, 6 rue Laffitte et, après avoir exposé des dessins de Manet et de Forain, sas doute conseillé par Pissarro et Renoir, achète, par l’intermédiaire du fils de Cézanne qui viivait à Paris, un lot important de peintures et d’aquarelles. Il organise, en décembre 1895, la permière exposition de l’artiste, qui révèle enfin au public l’oeuvre de celui qui était alors à Paris à la fois mythique et inconnu. C’était le premier coup de maître du jeune marchand, qui allait vendre et exposer, avant 1900, Gauguin, Van Gogh, les nabis, Picasso dès 1901, Matisse dès 1904, Vlaminck et Derain dès 1906. C’est dans sa galerie que tous ces artistes pouvaient voir en permanence la peinture et les aquarelles de Cézanne, même en dehors des expositions. Vollard allait écrire, en 1914, la première biographie consacrée à l’artiste, où un chapitre entier raconte les longues et difficiles séances de pose pour ce portrait (Vollard, 1914, ch. VI; Vollard, 1924, p.123 à 143, repris aussi dans Vollard, 1938).
  • Celles-ci se tenaient dans l’atelier de Cézanne, 15, rue Hégésippe-Moreau, à l’automne 1899. « Les séances avaient lieu le matin à huit heures et duraient jusqu’à 11H et demi ». Il décrit la nervosité de Cézanne, sa concentration, son besoin de silence absolu, et rapporte un certain nombre de propos du peintre, dont certains qui semblaient être des leitmotive, si souvent cités ailleurs, comme « c’est effrayant la vie ! »
  • « Après cent quinze séances, Cézanne abandonna mon portrait pour s’en retourner à Aix. « Je ne suis pas mécontent du devant de la chemise », telles furent ses dernières paroles. Il me fit laisser à l’atelier le vêtement avec lequel j’avais posé, voulant à son retour à Paris, boucher les deux petits points blancs des mains, et puis, bien entendu, retravailler certaines parties. « J’aurai fait, d’ici là, quelques progrès. Comprenez un peu, M. Vollard, le contour me fuit ! »
  • Cézanne a choisi de montrer un Vollard attentif, qui semble réfléchir ou écouter, une revue à la main; comme bien souvent, le visage et les mains sont peu travaillées. D’ailleurs, malgré d’innombrables séances de pose, l’ensemble a gardé un caractère assez esquissé, en tout cas dépourvu des nombreux repeints ou épaisseurs qu’on aurait pu attendre. Le peintre a mis l’accent sur le grand front et le regard baissé, comme Picasso quinze ans plus tard (Acheté à Vollard par le collectionneur Morosov en 1913; Moscou, musée Pouchkine) mais sans insiter, contrairement aux autres peintres qui allaient bientôt portraiturer Vollard (Vallotton, Renoir, Forrain ou Picasso), sur son gros nez camus et son air renfrogné. C’est un homme jeune qu’il nous montre, concentré, s’ennuyant peut être, s’endormant parfois comme il le raconte lui-même. « Malheureux! Vous dérangez la pose! Je vous le dis, en vérité, il faut vous tenir comme une pomme! Est-ce que cela remue, une pomme ? » (Vollard, 1924, p.124)
  • Ce tableau est l’un des portraits les plus géométriquemnt construits de l’artiste. C’est un jeu de droites perpendiculaires, formant une croix dont la ligne verticale descend depuis le haut du crâne, passe par le nez, le croisement de la chemise, du costume, retrouve la jambe inférieure sous l’autre jambe pliée. Elle rencontre la ligne horizontale de la verrière de l’atelier au niveau de la bouche de Vollard. Les couleurs du tableau sont dans une harmonie sombre, dans les gris, les roux et bruns; seul le triangle de la chemise éclaire le centre du portrait, et n’en rend le visage de Vollard que plus pensif, voire préoccupé.
  • Cézanne fit plusieurs croquis d’après Vollard, au moment des premières rencontres ou à l’époque de ce tableau (C 1190 à 1193). Celui du Fogg Museum Art semble bien être une première pensée pour le portrait – c’est en tout cas ce que le marchand aurait dit aux acquéreurs, selon A. Chappuis (Ibid, n°1194). (Source Françoise Cachin, Catalogue Cézanne, Paris-Londres-Philadelphie, 1995-96)
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