Louis Pascal, Toulouse-Lautrec, 1891
by Vincent on juil.29, 2009, under IMPRESSIONNISME, TOULOUSE-LAUTREC Henri (de)
Henri de Toulouse-Lautrec, Louis Pascal, 1891
Peinture à l’essence sur carton 81 x 54 cm
Signé en bas à gauche H.T.Lautrec (HTL entrelacés)
Albi, musée de Toulouse-Lautrec
- En Février 1891, occupé par la préparation de son exposition aux Indépendants, Lautrec a trois portraits entre un influencés par Forain; ayant fini celui de Gaston Bonnefoy, il commence celui de Louis Pascal; et il ajoute: « J’espère qu’ils ne seront pas trop laids (Corres, Lettres 186,187,188, Fév 1891, à sa mère. Lautrec signale le froid qu’il fait sur Paris à ce moment). » Lautrec le voit tous les jours tandis qu’il le fait poser dans son atelier, dans le même coin que Paul Sescau ou Henri Bourges mais sous un angle un peu différent. Tous ces modèles masculins sont vêtus comme s’ils allaient sortir, portant leur chapeau. Les accessoires de la canne, cigare et haut de forme ont été décryptés comme des allusions phalliques. La critique aux Indépendants de 1891 signale « l’anguleux snobisme des smili-mashers (pseudo-boulevardiers) parisiens « qui se font blanchier à Londres » (Gauthier-Villars 1891, p.112). On pense irrésistiblement à la phase de Duranty: « Des mains qu’on tient dans les poches pourront être éloquentes ».(Duranty, 1876, p.25)
- Cousin du peintre, Louis Pascal est aussi ami d’enfance, compagnon de jeux et d’études. Lautrec, probablement fasciné par la silhouette élégante de son cousin – dont l’allure annonce celle de Max Linder – le représente assez souvent. En mai 1881, déjà Lautrec avait aquarellé le portrait équestre de Louis Pascal. Physiquement très différent de lui, Lautrec évoque « les charmantes attitudes et souliers vernis de (son) bel ami Louis. Vous devriez bien, poursuit-il, lui trouver une héritière et la lui jeter dans les bras. Il n’est, je crois, pas bon autre chose (Corres, Lettre 106, 24 Déc. 1884, à sa marraine) »La formule employée par Lautrec à propos de son cousin est particulièrement judicieuse, Bel Ami (1885) rappelle le héros du roman de Maupassant. Pascal serait le pôle aristocratique dans l’oeuvre de Lautrec – celui de son milieu d’origine -, auquel s’oppose l’aspect Zola, du monde plus prolétaire dans lequel son infirmité et ses partis pris esthétiques naturalistes l’ont entraîné.
- Dans sa correspondance, Lautrec signale les difficultés de son cousin « ce têtard sympathique », à trouver du travail (Corres Lettre 89 Janvier 1884, à sa marraine; 186, 189, fév.-mars 1891, à sa mère). En été 1892, quand les Pascal ont de graves ennuis financiers, Lautrec et ses amis font preuve de beaucoup de sensibilité et de générosité (Corres, Lettres 232-234, 236-238, 240, 243, 250-252 juin-oct 1892, à sa mère qui reste indifférente aux appels qu’il lui lance). La description morale que Lautrec en fait au détour d’une lettre (Corres, Lettre 209, nov. déc. 1891, à sa mère): « Louis toujours le même… un peu flottant dans ses projets » est confirmée dans le portrait où Pascal paraît hésitant, à côté d’une porte. (Source Anne Roquette, Catalogue Toulouse-Lautrec, Londres-Paris, 1991-1992)
