Le Jeune Routy, Toulouse-Lautrec, 1883
by Vincent on juil.29, 2009, under IMPRESSIONNISME, TOULOUSE-LAUTREC Henri (de)
Henri de Toulouse-Lautrec, Le Jeune Routy, 1883
Huile sur toile, 65 x 48,8 cm
Monogramme en bas à gauche
Munich, Neue Pinakothek
- Est-ce en raison d’une certaine connivence due à leur jeunesse – moins de vingt ans – que le jeune Routy, l’un des paysans travaillant à Céleyran, fut pour Lautrec l’un de ses modèles de prédilection? Onze oeuvres le représentant subsistent (Sept fusains, un calque et trois tableaux), dont les deux plus abouties sont montrées à Paris. Après des dessins un peu vagues, Lautrec devient plus précis et étudie un paysan, le jeune Routy, « ce petit paysan robuste à l’expression vive bien qu’apparemment renfermé ».(C’est ainsi que M Sérullaz présente ce jeune paysan dans la préface du port-folio de facsimilés consacré par cette série par Dortu et Méric en 1975, dans lequels ils proposent un ordre à ces recherches) Ces recherches sont autant de preuve de tâtonnements, mais aussi d’une indéniable maestria. Il semble que cette oeuvre soit la plus tardive de la série. Au début, ce n’est pas la personnalité du modèle que Lautrec recherche, mais pourtant il n’est pas indifférent au visage du jeune Routy puisqu’il en fait un portrait très serré au fusain et en peinture. La meilleure preuve que chez Lautrec il n y a pas de paysans de convention est ce portrait, empreint d’une dimension bien humaine.
- Cette série d’oeuvres brossées à Céleyran pendant l’été 1883 ou 1884 peut aussi être rattachée à un mouvement plus global, celui du naturalisme rural, de plein air, qui envahit l’art européen des années 1880. Lautrec semble essayer les formules esthétiques plus récentes de l’art moderne, tant sur le plan iconographique que stylistique. L’idéal du naturalisme était une présentation aussi complète que possible, permettant la compréhension physique et psychique du sujet, dans une appréhension franche et sincère, « un naturalisme intelligent » comme chez Bastien-Lepage, Léon Lhermitte, Jules Breton et Pascal Dagnan Bouveret. La palette de Lautrec, à cette époque est caractéristique de la peinture de plein air, prouvant un naturalisme qui a assimilé en les édulcorant les conquêtes récentes, les hardiesses chromatiques de l’impressionisme.
- Les ressemblances avec Manet, qui ont été abondamment mentionnées par Christophe Heilmann (1985 Munich) ne sont que superficielles et les possibles contacts historiques ne sont pas toujours très probants. Lautrec avait-il pu voir Manet au moment où il peignit cette oeuvre?
