Le bac de l’île de la Loge – inondation, Sisley, 1872
by Vincent on sept.21, 2009, under IMPRESSIONNISME, SISLEY Alfred
Alfred Sisley, Le bac de l’île de la Loge – inondation, 1872
Huile sur toile signée et datée en bas à gauche: Sisley 72
Copenhague, Ny Carlsberg Glyptotek
En laissant Voisins-Louveciennes, il y’avait peu de distance pour Sisley pour se rendre à Bougival, Port-Marly sur la Seine. C’est là à Port-Marly qu’en Décembre Sisley a réalisé un ensemble de quatre peintures afin de laisser un souvenir du fleuve en cru, un thème sur lequel il va revenir à la fois sur la Seine et sur la rivière Loing.
Deux des peintures, Inondation à Port-Marly (Coll. Privée) et une autre située dans une collection privée de Long Island permettent à Sisley de garder définitivement en mémoire le souvenir incroyable de la montée très haute qu’a vécu la Seine en décembre 1872, elles ont été produites sur le talus élevé le long de Port-Marly et qui annoncent les vues similaires réalisées en 1876, se concentrant sur la rangée d’arbres qui bordent le quai de Port-Marly et que Sisley a donc peint plusieurs fois mais en changeant de côté en 1876. Les deux autres tournent leur attention vers d’autres scènes rurales: où il observe cette eau engloutissant la digue et les prairies mais de la peinture ressort, semblant émergé dans le flot de la rivière, l’île de la Loge. En 1872, l’île de la Loge était reliée à au talus de Port-Marly-Bougival seulement par un bac attaché à un câble suspendu entre deux poteaux.
Sisley est connu pour être le plus traditionnel des impressionnistes, spécialement dans la manière de créer ses paysages. Travaillant dans la tradition du paysage classique il fait attention à la construction dans l’agencement des plans, il semble dans ses choix, avoir placé ses angles de vue dans un paysage donné, ce qui peut lui donner une vue prédéterminée « composée », par exemple pour un chemin, une digue, l’étendue d’une colline et également pour un groupe d’arbres.
Cette mesure, qui implique qu’il a également cherché à inculquer à ses scènes une équivalence entre ses vues naturalistes et celles idéales des paysages de l’Arcadie, n’est pas vraiment claire. Il faut y voire qu’il s’agît de sa propre conception de l’agencement classique qui a fait dire à certains critiques contemporains de voire en lui l’héritier naturel de la tradition du paysage classique français. A certains moments de sa carrière, cependant Sisley pouvait d’un coup retourner toutes ces conventions, et changer du tout au tout, bouleverser tout les notions du langage spatial dans un paysage donné. Cette toile en est un exemple.
L’inondation a toujours été un sujet traditionnel dans la peinture, un spectacle représentatif de la colère de Dieu, comme dans L’inondation de Poussin (Musée du Louvre, Paris) ou celle de Girodet (1808, Musée du Louvre) ou comme dans un spectacle de la force de la nature destructrice contre un homme appelant à l’aide, comme Inondation à St Cloud (1855, Musée du Louvre). L’inondation représentée par Sisley est radicalement différente. La composition de: Le bac de l’île de la Loge: Inondation a été minutieusement arrangé en bandes parallèles, la rivière en crue du premier plan, la digue éloignée et le ciel. La composition a été concentré sur le centre par cette dure verticalité de l’arbre accentué par le reflet dans l’eau. La stabilité formelle trouve échos dans la douceur grise de la palette. A aucun moment Sisley ne veut montrer que l’inondation va amener la destruction sur son passage, et l’on ne peut pas pressentir que le pire est à venir. Même le traitement des principaux éléments et leur reflet dans l’eau est réfléchi. Ils ont été soigneusement classés en largeur, les coup de pinceaux très francs pour créer l’arbre du premier plan et le poteau servant à attacher le câble, à la peinture très légère posée sur les lignes verticales des arbres sur la rive d’en face. La scène qui a été instillée dans cette peinture est contenue dans l’audacieuse représentation du poteau tenant le cable à droite. Il ne se tient pas sur la digue, mais à la dérive, échoué au milieu des eaux tourbillonnantes. Il est tout de suite, plaqué sur la surface de la toile, verrouille notre attention sur le sort des deux figures qui traversent la rivière grâce au câble sur un petit bateau afin de rejoindre un refuge sûr que le déluge n’a pas recouvert.
Sisley revient sur cet endroit en 1875 (La Seine à Port-Marly, Coll. Privée), à savoir le même paysage mais avec le niveau normal de l’eau. En 1873, il a également exploré plus loin l’île (Bateaux sur les quais de Bougival, Musée d’Orsay). Cette peinture a été directement acheté à l’artiste par Durand-Ruel le 21 Janvier à une exposition impressionniste, qui eut lieu l’année suivante, où elle a été inscrite au catalogue par le grand marchand parisien. Avec six travaux mis dans cette exposition, Sisley fut sujet à de nombreuses critiques en sa faveur, qui ont reconnu en lui, la délicatesse, l’harmonie dans le traitement du paysage. Cette toile mérite une critique encore plus spécifique, considérée parmi les plus beaux paysages de toute l’exposition. Ce travail a été successivement exposé à Londres, à la Galerie Dowdeswell, 113, New Bond Street, à l’exposition Durand-Ruel Printemps-Eté de 1883. Le marchand parisien a en effet envoyé douze peintures de Sisley pour inclure à son exposition qui contient également des travaux de Degas (7), Manet (3), Monet (6), Morisot (3), Pissarro (11), Renoir (8) et Cassatt (2). A cet évènement, seulement 8 oeuvres de Sisley furent exposées, qui tous, à l’exception de notre toile, avaient un titre un peu informel, et appartenaient à sa période plus tardive de Moret. Sisley reçoit des avis mitigés des critiques anglais. Une revue anonyme, peut-être par Frederik Wedmore, le critiqua en une phrase: « Sisley est considéré comme un homme faible ». Le journaliste de L’Artiste, cependant, fut plus sympathique, faisant une comparaison avec Monet: » Dans de nombreux points Sisley ressemble à Monet et pourtant, Sisley a une personnalité très marquée, dont le travail est bien représenté et bien propre au peintre » (1 Mai 1883, pp. 137-138)