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Femme jouant de la guitare, Pierre-Auguste Renoir, 1896-97

by Vincent on juil.18, 2009, under IMPRESSIONNISME, RENOIR Auguste

Renoir Auguste, Femme jouant de la guitare

Pierre-Auguste Renoir, Femme jouant de la guitare, 1896-97

Huile sur toile signée en bas à droite: Renoir, 81 x 65 cm

Lyon, Musée des Beaux-Arts (B 624)

  • Le contexte: La femme jouant de la guitare semble être l’un des premiers tableau d’une série de peintures représentant des hommes et des femmes jouant de la guitare, que Renoir a exécutées à la fin des années 1890. C’est probablement le tableau que Julie Manet avait vu en cours d’exécution dans l’atelier de Renoir, le 1er Février: « il fait des choses ravissantes avec la guitare: une femme en une robe de mousseline blanche retenue par des noeuds roses est penchée gracieusement sur la grande guitare jaune et pose ses pieds sur un coussin jaune… Tout cela est coloré, doux, délicieux. » Julie Manet a vu d’autres tableaux de la même série dans l’atelier de Renoir, en Novembre 1897 (Manet 1979, p.123, 141). Au début de 1897, Renoir a vendu à Durand-Ruel deux tableaux de sujet similaire, mais il semble avoir conservé celui-ci. Le musée des Beaux-arts de Lyon acheta ce tableau en Janvier 1901, par l’intermédiaire de Durand-Ruel, mais les lettres de Renoir à son marchand, au sujet de l’expédition du tableau à Lyon, donnent à penser qu’il en était encore propriétaire. Le marchand de tableaux fit photographier cette toile lorsqu’elle était entre ses mains, mais elle n’a pas été inscrite dans son livre de stock. Ce tableau, ou un autre du même genre, a été exposé chez Durand-Ruel en 1899, sous le titre de Femme jouant de la guitare, 1896.
  • Ces peintures marquent un changement important dans la manière dont Renoir traitait les figures en costume de fantaisie. Ses jeunes filles au début des années 1890 portaient des robes modernes sans prétention, tandis que ses guitaristes portent des costumes – parfois nettement espagnols – plutôt que des vêtements de la vie courante; les noeuds de ruban rose de la robe de la Femme à la guitare, sont d’un style manifestement espagnol. D’après Jeanne Baudot (Baudot, 1949, p.70), en peignant ces jeunes guitaristes (dont le modèle s’appelait Germaine), Renoir s’était inspiré de la Belle Otero, célèbre danseuse des Folies Bergère, « incarnation de la séduction espagnole ».

  • La composition et la couleur: Bien que les peintures de ce genre rappellent ses oeuvres antérieures en costume orientale, son abandon des motifs contemporains, à la fin des années 1890, n’était qu’un aspect d’un changement plus général qui le menait vers une forme d’art plus classique. Dans Femme à la guitare et dans ses tableaux postérieurs, le type des figures acquiert plus de grandeur, la structure de la composition est plus monumentale; dans ses dernières compositions, comportant des costumes de fantaisie Renoir n’est pas revenu au vêtement français moderne, préférant conserver cette atmosphère intemporelle teintée d’exotisme.
  • Autour de la robe blanche de la jeune fille, la composition est soigneusement divisée en zones de couleur chaudes et de couleurs froides, avec des accents peu contrastés de tons chauds parmi les tons froids et inversement. Les formes sont traitées en douceur, mais elles se détachent par leur contraste avec l’arrière-plan. La robe blanche est surtout modelée par des dégradés de valeurs avec des accents lumineux assez empâtés; quelques jaunes et de délicates nuances de bleu parmi les gris contribuent à en suggérer les plis et le jeu de l’ombre et de la lumière sur le tissu. Sur le mur du fond, en haut à droite, la netteté des verticales affermit une composition par ailleurs dominée par les lignes onduleuses de la robe, de la guitare, du fauteuil et du coussin; Degas a souvent utilisé de la même manière des verticales le long du bord du cadre.

  • Les sources: Des compositions comme celles-ci reflètent la grande admiration que Renoir vouait à cette époque aux sujets à figures de Corot, et qui créent une ambiance intemporelle et harmonieuse similaire, souvent complétée, comme dans le tableau de Renoir, par la représentation de femmes jouant d’un instrument de musique. En 1898, Julie Manet notait le plaisir que Renoir prenait à contempler les figures de Corot de la collection Rouart (Manet, 1979, p.150), et Renoir a mené campagne à cette époque pour que le musée du Louvre achète de telles oeuvres (Alexandre 1913, Alexandre 1920, p.5). Cependant l’ampleur des formes, dans Femme jouant de la guitare fait penser que Renoir tournait alors son regard vers une tradition figurative plus monumentale, celle de Titien et de Rubens; en effet, la manière dont les formes du modèle sont traitées peut-être comparée à celle qui caractérise la mère dans Hélène Fourment et ses enfants, de Rubens, au musée du Louvre, tableau auquel Renoir vouai une si grande admiration.
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