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Pastorale (Idylle), Cézanne, 1870

by Vincent on juil.22, 2009, under CEZANNE Paul

Cézanne Paul, Pastoral (Idyll), hst, Paris, Musée d'Orsay

Paul Cézanne, Pastorale (Idylle), 1870

Huile sur toile, 65 x 81 cm

Datée en bas à droite sur le bateau: 1870

Paris, Musée d’Orsay

Jusqu’à ce qu’on lui donne le titre neutre de Pastorale, l’oeuvre a été diversement nommé – Repas au bord de la mer dès 1899 (Fagus, 15 Déc. 1899, p.627-628), puis Scène de plein air (Vollard, 1924, p.42), Don Quichotte sur les rives de Barbarie (Cat. exp., Paris, 1936, n°12) et Idylle (Ibid) – ce qui souligne l’embarras des exégètes quant à son interprétation (Sur la « fortune » de ce tableau, voir Gache-Pattin, 1984, p.131-132). Un seul point a justement fait l’unanimité, son rapport avec Manet et le Déjeuner sur l’herbe: Cézanne, sept ans après – nous sommes en 1870 -, revient sur la toile scandaleuse des Refusés, tout comme, dans les deux versions d’Une Moderne Olympia, il interprète la courtisane du Salon de 1865. Certes on retrouve, d’un tableau à l’autre, le même mélange d’hommes vêtus et de femmes nues, chacun avec sa chacune, de références anciennes et de familier contemporain; mais les différences sont néanmoins considérables. Si les tableaux reconnaissent, en effet, ce qu’ils doivent à l’exemple de Manet, ils insistent également sur ses carences. (…) Au médiocre bois-tailli de Manet, agrémenté d’une improbable flaque d’eau, répond la nature « primordiale » de Cézanne, qui est Arcadie ou Venusberg, grands arbres, prairie grasse, lac profond. A la partie carrée banlieusarde, un embarquement pour Cythère; au relevé des moeurs du jour, une rêverie autobiographique. Car Cézanne se met en scène: il est celui qui médite, allongé au centre de cette « églogue surnaturelle (Gasquet, 1926, p.173) » qu’est Pastorale. Il s’y montre en Sardanapale clément et désabusé, indifférent aux baigneuses tentatrices, méditatif quand ses prosaïques compèrent bavassent, accroupis dans l’herbe, ou tirent sur leur bouffarde.

De la scène, avec cette âpreté récente à trouver des sources évidentes, on a fait une illustration baudelairienne ou wagnerienne. En 1936, Michel Florisoone (Florisoone, 10 Août 1936, p.201-202) avait déjà rapproché « cette toile de sombre ironie » de l’univers des Fleurs du mal où Cythère est une « île triste et noire (…) Eldorado banal de tous les vieux garçons » où « les femmes damnées »,  » comme un bétail pensif sur le sable couchées, (…) tournent leurs yeux vers l’horizon des mers (Charles Baudelaire, Femmes damnées, ibid) ». Dernièrement Lawrence Gowing et Mary Tompkins Lewis y ont vu une variation sur le thème de la bacchanale de Tannhäuser à l’instar de celle exécutée par Fantin-Latour pour le Salon de 1864 (Gowing et Tompkins Lewis, cat.exp., Londres, Paris et Washington, D.C., 1988-1989, p.48). Il est possible que Baudelaire et Wagner, qui étaient alors de toutes les conversations d’artistes, entrent dans la génèse cette toile, avec une présence moins entêtante cependant que celle de Manet. Mais Pastorale est d’abord, comme le Meurtre, comme le Festin, un fantasme cézannien. Les femmes nues qui n’ont, contrairement à la courtisane de Manet, abandonné aucun vêtement contemporain, semblent surgies du seul cerveau de l’homme en noir, gigantesques et lourdes, prenant pour lui des poses anciennes, nymphes, Vénus ou Antiope, beaux objets à peindre plutôt que compagnes faciles d’une escapade campagnarde. La nature est comme elles, épaisse et lente; les grands arbres se simplifient en toupets cotonneux qui se réflètent dans l’eau étale. Pas un souffle, pas un bruit; on ne sait trop comment le navigateur solitaire gagnera Cythère car la voile de son esquif pendouille lamentablement. Nous ne sommes déjà plus dans le monde aigu et réaliste du Déjeuner sur l’herbe mais dans celui de toutes les baigneuses à venir, où l’air qui circule n’est plus, pour paraphraser Degas, celui qu’on respire. (Source Henry Loyrette)

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