Baigneuse aux cheveux longs, Renoir, vers 1895
by Vincent on sept.03, 2009, under IMPRESSIONNISME, RENOIR Auguste
Auguste Renoir, Baigneuse aux cheveux longs, vers 1895-96
Huile sur toile, 82 x 65 cm
Paris, Musée de l’Orangerie
- Une jeune femme à la peau de nacre sort lentement de l’eau pour venir s’essuyer près d’un rocher. Le geste est d’une grande douceur et son visage innocent, entièrement tourné de profil, ferait presque d’elle un petit animal surpris en pleine forêt. « C’est une sauvagesse dans la brousse parfumée », estimait le critique Mauclair. Comme d’habitude chez Renoir, point d’érotisme trop appuyé ni de voyeurisme malsain. Sa baigneuse apparaît plutôt comme une figure riante, la porte-parole d’une humanité lumineuse, apaisée et sereine.
- La jeune femme est le sujet exclusif du tableau. Avec ses hanches généreuses et sa main gauche posée sur le rocher, elle occupe tout l’espace de la toile. Les éléments qui l’entourent sont rapidement esquissés et le fond, tout embué, reste indéterminé. Renoir se trouve ici dans sa période de maturité. Son goût pour le classicisme rappelle les sujets et les formes d’un peintre du XVIIIè siècle comme François Boucher. Mais la vie et la générosité qui s’échappent de ses toiles ainsi que son goût pour les nus plantureux et sauvages dépassent largement les règles de l’Académie.
« ….peint Monsieur Renoir
Qui devant une épaule nue
Broie autre chose que du noir? » (Sylvain Mallarmé, Vers de circonstance, Les Loisirs de la poste, éd. La Pléiade, Paris, 1979, p.88)
- Jeu de mots de Mallarmé particulièrement adapté à cette Baigneuse qui exprime si bien le naturalisme primaire de Renoir, sa sensualité simple d’un édénique âge d’or et les irisations lumineuses qui baignent à la fois le corps et le paysage imprécis qui l’enveloppe.
« le seul du groupe Impressionniste, a aimé représenter des nus féminins en plein air, en les plaçant dans un cadre assez indéterminée » (M Hogg, 1980, n°32)
- Cette baigneuse est sans doute contemporaine de celle de la fondation Barnes dont elle ne diffère que par d’infimes détails (plis de la draperie à l’extrême droite, longs cheveux entièrement déployés dans le dos) et la transcription du paysage, plus lisible: ainsi le tronc d’un arbre s’élève-t-il à l’arrière-plan. Cette oeuvre est datée 95. Plus proche, peut-être encore par le traitement du fond et la dissolution du paysage apparaît, La Baigneuse debout, datée de 96. Dans le catalogue de l’exposition Renoir, un quadro per un movimiento, trente 1982, Michelangelo Lupo recense quatorze nus de Renoir contemporains de la Baigneuse aux cheveux longs.
- Celle-ci est caractéristique de la maturité de Renoir, de sa « période nacrée » lorsque, l’expérience de l’impressionnisme non plus reniée, mais dépassée, il combine l’enseignement des musées italiens et des écrits théoriques de Cennini auxquels il associe la leçon d’Ingres assimilée et transcendée.
- La Baigneuse de l’Orangerie ou celle de la Fondation Barnes sont placés dans un décor boisé, avec un fond vaguement indiqué, comme toile de fond; l’espace est sommairement suggéré. L’éclairage et diffus; de subtils dégradés de couleurs et de valeurs suggèrent le modelé de la figure et les masses du feuillage. L’harmonie de couleurs est très restreinte et assourdie: seuls les roses du visage de la jeune fille et ses vêtements posés sur le rocher, mettent en valeur les harmonies de beiges, de jaunes et de verts éteints qui dominent le reste. Cette palette réduite et le traitement relativement généralisé des formes rappellent particulièrement Corot, dont l’un des nus en plein-air, que possédait son ami Gallimard, avait précisément suscité l’enthousiasme de Renoir.
Vers la fin de sa vie, Renoir disait à Albert André:
« Les sujets les plus simples sont éternels. La femme nue sortira de l’onde amère ou de son lit, elle s’appellera Vénus ou Nini. On n’inventera rien de mieux » (André 1928, p.32)
- Ses nus des années 1890 sont à la limite entre la modernité et l’intemporalité, entre les jeunes modèles et les nymphes » -probablement des baigneuses dans le genre de celles-ci. Pour une baigneuse de 1896, il a de nouveau fait poser son modèle dans la pose de la Venus pudica avec une main protégeant pudiquement son corps. La présente baigneuse, en revanche ignore complètement le spectateur; son attention est attirée, semble-t-il, par quelque chose qui est à droite, en dehors du tableau. Le geste qu’elle fait avec le linge qu’elle tient livre son corps nu à notre regard, mettant ainsi le spectateur dans la situation d’un voyeur. L’innocence de la baigneuse est encore accentué par le fait que Renoir a choisi ici un modèle très jeune, de même que pour ses autres nus datés vers 1895 – une jeune fille plutôt qu’une femme épanouie.
« ce jeunes corps de baigneuses, petits êtres instinctifs, à la fois enfant et femmes, où Renoir apporte à la fois un amour convaincu et une malicieuse observation. C’est une conception toute particulière qui s’affirme par ces fillettes sensuelles sans vice, inconscientes sans cruauté, irresponsables quoique gentiment éveillés à la vie… Elles existent comme des enfants, mais aussi comme de jeunes animaux joueurs, et comme des fleurs qui absorbent l’air et la rosée » (Geffroy, 1896)
- Dans la Coiffure dite aussi La Toilette de la Baigneuse, grande sanguine et craie blanche sur toile, préparation pour une peinture reproduite dans A. Barnes et V. de Mazia, 1944, n°218, il semble que la même jeune fille, qui ramène dun geste identique la draperie sur sa poitrine, ait servi de modèle. Quelques années plus tard, Renoir, s’essayant à la sculpture, devait reprendre pour une de ses principales oeuvres, le même mouvement de la baigneuse, ramenant la draperie devant elle.
Durand-Ruel a acheté ce tableau à Renoir en Novembre 1896, et il l’a vendu à Osakar Schmitz, de Dresde, en novembre 1911.
