Odalisque à la culotte grise, Matisse, 1927
by Vincent on août.07, 2009, under FAUVISME, MATISSE Henri
Henri Matisse, Odalisque à la culotte grise, 1927
Huile sur toile signée en bas à gauche en noir: Henri-Matisse, 54 x 65 cm
Paris, Musée de l’Orangerie
Dans son compte rendu du Salon d’Automne de 1927, le critique Jacques Guenne, tès sensible à la force chromatique de la toile de Matisse, le commentait en ces termes:
« Pourquoi avec toutes ces raies bleues, rouges, violettes, jaunes, avec cette grande tenture rouge aux motifs gris, la petite toile de Matisse ne devient-elle pas le plus affreux étalage de marchands de papiers peints de quartiers populeux, je l’ignore. Ou plutôt, je sais que cet artiste est comblé par la grâce de la couleur. Il a bien vite fait, croyez-moi, de réconcilier deux tons ennemis! »
« Essayer de poser chez vous cette étoffe verte sur un divan rouge, sans faire hurler vos amis. Et dites moi si jamais un peintre a jeté sur la toile une plus exquise tache de couleur que Matisse, lorsqu’il fit jaillir sous son pinceau ce bouquet de fleurs jaunes! » (L’Art vivant, 5 novembre 1927, n°69, p.869)
- Il faut dire que la composition de Matisse est audacieuse. Elle offre un fort contraste entre les tentures géométriques aux vives couleurs primaires, où les verticales dominent, et l’horizontale de son odalisque allongée sur un divan. Celle-ci apparaît comme une forme pâle dont les nuances de la chair, la culotte grise et la ceinture verte reflètent de manière atténuée les coloris de la chambre. Dans cette confrontation, la figure semble se diluer dans la profusion du décor, dont elle devient elle-même un élément.
- D’une plastique sculpturale, Henriette Darricarrère, le nouveau modèle niçois de Matisse, réveille chez le peintre une émotion palpable dans ses œuvres.
- Matisse avait coutume d’aménager dans une pièce de son appartement un petit décor de théâtre évoquant un Maroc imaginaire grâce à quelques accessoires et tissus pour lesquels Matisse avait un goût prononcé, hérité de son enfance à Bohain dans l’Aisne, où existait une industrie de textiles de luxe très dynamique.
- Dans cette année de 1927, le numéro 7/8 de Cahiers d’art reproduisait avec l’Odalisque à la culotte grise la série des autres odalisques de la même inspiration, où reviennent systématiquement le brasero et la petite table Louis XV, de couleur verte. Certaines de ces oeuvres figurent sur une photographie de l’atelier Matisse à Nice, prise en 1928-1929 et reproduite dans le catalogue de l’exposition tenue en 1982-83 à Zurich et Düsseldorf. Dans le même catalogue, une photographie innatendue de « Bonnard imitant la pose d’une odalisque chez Matisse », prise également en 1928-29, nous permet de reconnaître la petite table Louis XV et la tenture à lampas qui inspire le fond chamarré de l’Odalisque à la culotte grise et rend compte du milieu où s’élabore le travail de Matisse.
- Au premier plan, un divan; derrière lui la table Louis XV chargée d’un vase et, tendue entre deux poutres, la tenture à lampas que l’on retrouve avec le brasero dans une nature morte à la mine de plomb: Intérieur au brasero, où divers objets remplacent l’odalisque habituelle sur le canapé rayé.
- A l’arrière plan, et se réflétant dans la glace d’une cheminée de vague style Louis XV, caractéristique de la fin du XIXè siècle, se distingue une autre tenture, décorée d’arcades et de motifs végétaux et que l’on retrouve dans de nombreuses oeuvres de l’artiste, dont le fameux Paravent Mauresque.
- L’artiste se fonde sur ses accessoires assez pauvres pour en dégager une vigueur qui, dans l’Odalisque à la culotte grise, rejoint celle de Matisse fauve. La puissance décorative est menée à son point extrême avec une très grande rigueur que sous-tend l’exigence du chromatisme percutant. Les bandes verticales du fond, diversement interprétées, s’articulent sur l’horizontale du divan, tandis que l’odalisque, rejetée hors du pittoresque anecdotique rompt, avec l’aide des accessoires, la sécheresse assurée de cette seule disposition. A ce point, la figure féminine se dissout dans l’espace du tableau et dans ses différents éléments décoratifs auxquels elle est incorporée.