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Les Trois soeurs, Matisse, 1917

by Vincent on août.07, 2009, under FAUVISME, MATISSE Henri

Matisse, Les trois soeurs hst, Paris, Musée de l'Orangerie

Henri Matisse, Les trois soeurs, 1917

Huile sur toile signée en bas à droite: Henri Matisse, 92 x 73 cm

Paris, Musée de l’Orangerie

  • Les trois soeurs est un des rares tableaux que Paul Guillaume a choisi d’achever en vente publique, sans doute parce qu’il lui rappelait le célèbre triptyque de la collection Barnes qui lui était passé probablement entre les mains.
  • Trois jeunes femmes brunes nous font face, deux nous regardent, la troisième est plongée dans sa lecture… Le fond neutre, aux tonalités dégressives, fait ressortir par contraste la tunique rose à gauche et la blouse fleurie à droite.

  • C’est un parfait exemple de la maîtrise de Matisse dans l’utilisation et l’animation d’une surface. Matisse réussit ici un équilibre miraculeux de formes et de couleurs, de pleins et de vides, de courbes et de droites, tels que rien ne peut y être modifié sans détruire une harmonie parfaite.

  • La référence à Manet est ici explicite. Elle est d’ailleurs revendiquée par Matisse, et on ne peut s’empêcher de penser au tableau Le Balcon, tant dans les positions des personnages que dans l’inexpressivité des visages et le choix des coloris. Mais d’autres références s’y mêlent : la verticalité, les grands aplats colorés et l’absence presque complète de modelé rappellent l’estampe japonaise. L’attitude hiératique des figures et le tracé noir du nez et des sourcils renvoient à la peinture des Primitifs italiens du treizième siècle que Matisse a découverts à Sienne en 1907.
  • On a ici le portrait de Laurette, modèle habituel de Matisse à cette époque, avec ses deux cousines (nous avons gardé le titre traditionnel). Ce tableau est à rapprocher, évidemment du grand tryptique de la fondation Barnes, longuement analysé par A. Barr (1951, pp. 192-193), représentant trois fois les trois soeurs dans des poses et des vêtements chaque fois différents, la version la plus proche de celle-ci étant le volet de droite. On peut en rapprocher aussi d’autres oeuvres de 1916-1917 représentant Laurette seule, les yeux baissés, en vert sur un fauteuil rose (Coll. Gelman, Mexico) ou les yeux levés dans la même gamme de couleurs (Coll. part., Suisse) et même dans ce même fauteuil mauve.

  • L’esprit général de ces tableaux, le dispositif adopté, le problème à résoudre se retrouvent de l’un à l’autre, mais il s’agît en fait d’oeuvres pleinement autonomes où, chaque fois, Matisse réinvente le choix et l’accord de couleurs apparamment incompatibles, et une organisation exactement déterminée de la surface. Cette préoccupation constante chez lui, aussi bien dans la gravure que dans la peinture ou la composition murale, donne ici, à une oeuvre de format relativement modeste, un caractère monumental évident:

« Dans ce tableau de chevalet, on peut avoir les principes de la peinture murale. Mais il importe avant tout que la peinture murale soit une surface que l’on veut rendre vivante » (Matisse à G. Dheil, fév.1942)

  • Nulle raideur cependant: la dissymétrie de chaque visage, la variété des attitudes détendues, les libertés prises avec la perspective, la sinuosité des contours amorcent le style plus détendu dont relèvent les autres oeuvres de la collection Walter Guillaume, et auquel Matisse reste fidèle jusqu’en 1925, date du Nu décoratif sur fond fleuri (Paris, Musée Nation d’Art Moderne).
  • La répartition pyramidale, la position frontale des figures et les contours nettement tracés témoignent d’une composition stricte. Le modelé à peine marqué mais cependant présent, les gestes des mains, qui créent un subtil lien de connivence entre les modèles, annoncent une période plus hédoniste de Matisse celle qui commence précisément en 1917 et que l’on appellera sa Période niçoise.
  • Ce motif de la femme assise de face ou de trois quarts, parfois de dos, dans un fauteuil ou sur le sol, est un des plus constants chez Matisse. Cette fréquence s’explique-t-elle par la possibilité de travailler longuement devant un modèle confortablement installé ou par le souvenir des portraits de la tradition davidienne (Les trois dames de Gand étaient unanimement données à David quand le jeune Matisse apprenait Le Louvre) ou par la simple satisfaction de représenter une femme belle, élégante et calme dans une attitude détendue? Ces différentes motivations ne s’excluent pas et toute l’oeuvre de Matisse est faite de l’agencement formel infaillible d’êtres, de fleurs ou d’objets beaux.
  • P. Schneider (Matisse, Paris, 1984, p.436) insiste sur le caractère interchangeable des trois personnages peu individualisés. (source Michel Hogg, Catalogue de la coll. Jean Walter et Paul Guillaume, Orangerie, 1990)

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