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Jeune artiste (Ditlev Blunck) contemplant une esquisse dans un miroir, Bendz, 1826

by Vincent on mar.15, 2010, under BENDZ Wilhelm, ECOLE DU NORD

Wilhelm Bendz, Jeune artiste (Ditlev Blunck) contemplant une esquisse dans un miroir, 1826

Huile sur toile portant inscription: VF BENDZ 1828/326

Copenhague, Statens Museum for Kunst

Portrait complexe dans l’Age d’or danois sur le thème de l’artiste dans son atelier, présentée à l’exposition annuelle de l’Académie à Charlottenborg =  critique pour ce symbolisme ouvertement romantique mais aussi des compliments pour son exécution (Monrad, 1993, p.55-58), tableau acquis malgré les critiques dans la collection royale.

Multiples niveaux de signification font de ce tableau un portrait complexe // avec les tableaux hollandais du XVIIème.

Chaudes tonalités et effets de matières abondent dans ce tableau d’une grande richesse visuelle. Une lumière dorée emplit cet intérieur, donnant vie aux bruns variés des nombreuses surface de bois, et tombe sur les riches zones rouges de la casquette de Blunck et du tissu froissé drapé sur le côté de la table. L’artiste a également introduit des éléments de trompe-l’oeil et de nature morte dans l’espace pictural. Au nombre de ces derniers, le crâne introduit un memento mori prémonitoire; Bendz devait en effet mourir de maladie à l’âge de 28 ans lors d’un voyage en Italie (Johansson, 1996, p.19).

Jeune homme concentré fumant sa pipe tout en examinant une petite peinture qui est de l’artiste Carl Edvard Sonne, il regarde donc dans un miroir cette petite esquisse à l’huile, procédé utilisé à l’époque par les artistes pour juger des progrès de leurs compositions (Saabye, 1996, p.89).

Bendz a utilisé le caractère par essence quotidien de la peinture de genre à des fins hautement allusives et métaphoriques. Cette peinture joue du parallèle entre l’espace « réel » de l’atelier et son image illusionniste dans le miroir; chaque détail de l’espace « réel » y trouve son reflet déformé et présenté sous un autre angle. Nous voyons un côté du chevalet dans l’atelier, et le reflet de sa moitié supérieure dans le miroir. Bendz a incorporé un jeu optique supplémentaire en peignant de façon réaliste la ligne de séparations des deux morceaux de miroir, ce qui provoque une distorsion du reflet de ce chevalet (de la même manière,la statue du Discobole, qui n’est présente dans la composition que par son reflet dans le miroir, se retrouve déformée; Saabye, 1996, p.90).

Le crâne est artificiellement représenté selon deux points de vue: sous sa cavité inférieur sur la cheminée et de profil dans le carnet d’esquisses où Blunck l’a dessiné.

Le dédoublement des images se poursuit avec l’idée du portrait d’artiste dans le portrait. Epinglé au chevalet, un dessin, en partie coupé mais parfaitement achevé, montre un visage visible en totalité dans le miroir. Or, il s’agit d’un dessin de Sonne, également le modèle de l’esquisse examinée par Blunck. Tout comme le crâne, cette esquisse peut également être perçue de deux côtés: le dos de la toile et son châssis se trouvent dans l’espace physique de l’atelier alors que la surface peinte n’est visible que dans l’espace réfléchi par le miroir. Enfin, nous avons deux images différentes de Blunck: de profil dans l’espace du tableau et le visage entier dans le miroir. L’introduction dans cette série complexe d’images dédoublées, de même que le miroir qui ajoute une dimension picturale au tableau, permirent à Bendz d’expérimenter les faux-fuyants de la vision et de la peinture, et de dépasser le simple tableau de genre ou le portrait pour s’interroger sur la valeur de la représentation et de la création artistique. (Source Vivien Greene)

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