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Homo homini lupus, Rouault, 1944-1948

by Vincent on juil.02, 2010, under AUTODIDACTE

Georges Rouault, Homo Homini lupus, 1944-1948

Huile sur papier marouflé sur toile, 64,7 x 46 cm

Paris, Centre Pompidou Musée national d’Art moderne

Alors que, pendant la Grande Guerre, Georges Rouault entreprend l’élaboration, longue et minutieuse, des 58 planches de son Miserere, la 2nde Guerre Mondiale lui inspire une peinture d’une rare puissance à laquelle « ce chrétien des temps anciens » donne un titre latin: Homo homini lupus (L’homme est un loup pour l’homme).

Né sous les canonnades de la Commune, Rouault fut frappé dès son plus jeune âge par les malheurs et les atrocités de la guerre. Dans cette oeuvre, il montre avec une grande force de conviction le caractère monstrueux dans une exécution, et ce qu’elle signifie de la barbarie des hommes. Déjà, en 1907, dans la série qu’il consacrait à la justice et à des scènes de prétoire, il avait poussé un premier cri d’alarme visant à rappeler à son prochain que juger et châtier n’était pas de son pouvoir mais de celui de Dieu seul.

Si ce pendu évoque dans sa thématique et sa facture Ecce de Victor Hugo, il convient aussi de le rapprocher du pendu des Désastres de la guerre de Goya. Bien que ces oeuvres soient plastiquement différentes, elles renvoient toutes deux à ce cortège de morts et de supplices que les guerres traînent dans leur sillage.

En 1948, Rouault a abandonné l’aquarelle de ses premières oeuvres au profit de la peinture à l’huile, scellant sa rupture avec l’influence des maîtres anciens et avec le symbolisme inspiré de Gustave Moreau, son professeur à l’Ecole des beaux-arts. Sa palette s’est également transformée et, après les camaïeux bleutés des séries sur le cirque et les filles apparues en 1902-1903, et la période noire de ses scènes de prétoire en 1907, la veine coloriste du peintre s’est affirmée.

En dépit de la gravité du sujet, Rouault laisse ici pleinement s’exprimer les couleurs pures, et les vêtements du supplicié où domine le bleu du pantalon, le blanc de la chemise et le rouge de la ceinture ressemblent à un hymne à la mémoire de tous ces jeunes soldats morts pour leur patrie. Au loin, les flammes d’une ville incendiée font rougeoyer le ciel et la lune, « cet astre des morts », écrivait Hugo. Dans la partie supérieure gauche du tableau, une étoile apporte à cette scène tragique la lueur de l’espérance. Georges Rouault, le grand peintre des Christ sur la croix, offre la magistrale représentation de la barbarie de l’homme. (source Danielle Molinari conservateur en chef de la maison Victor Hugo)

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