Portrait du Pape Pie VII, Lawrence, 1819
by Vincent on jan.27, 2010, under LAWRENCE Thomas, PEINTURES ANGLAISES
Thomas Lawrence, Portrait du Pape Pie VII, 1819
Huile sur toile avec inscription sur le document que tient le modèle: Per/Ant Canova et sur l’arche à gauche AVIT PIUS VII.PONT. MAX., 269 x 178 cm
Windsor Castle, The Royal Collection
Commandé par le prince de Galles, futur Georges V, réalisé en 1819 à Rome.
Fait partie des nombreuses commandes faite par le Prince de Galles à Lawrence pour représenter les vainqueurs de Napoléon. Lawrence était à Rome depuis mai 1819. Il fut logé au Quirinal et le souverain pontif lui accorda neuf séances de pose; le tableau fut terminé en septembre. Pendant qu’il y travaillait, Lawrence releva:
« Le Pape étant âgé, ses traits comportent de nombreux détails; il a une bonne et heureuse nature, avec une claire intelligence, qui lui donne des expressions très variées. Il semble faible en public, parce qu’il est trop courbé, mais, en privé, il paraît en bonne santé physique et mentale, parle d’une voix forte et claire et supporte les séances de pose sans faiblir. C’est un très beau sujet et il est probable que le tableau sera l’un des meilleurs que j’ai peints » (Williams, 1831, vol.II, p.200, 220, 159)
Gregorio Chiaramonti (1742-1823) était né dans une famille noble de Cesena et devint moine bénédictin, élu pape sous le nom de Pie VII en 1800. Il participa en 1804 au couronnement de Napoléon à Notre-Dame. Mais il excommunia ce dernier après l’annexion des Etats pontificaux par la France en 1809; il fut alors enlevé et retenu prisonnier à Savone puis à Fontainebleau jusqu’en 1814 et lorsque sa captivité pris fin en 1814, il fut considéré comme un martyr et de héros populaire en Italie.(Olson, 1986, p.83-85). Il jouissait partout en Europe d’un statut de saint, de quasi-héros, et ses traits furent si fréquemment représentés par des gravures, des tableaux et des sculptures qu’il était probablement le personnage le plus facile à reconnaître pour les Européens de l’époque à l’exception de Napoléon (Levey, 2005, p.228; Levey, 1975, p.197). Même si Lawrence devait avoir connaissance des portraits de papes antérieurs, il était particulièrement conscient d’être en rivalité avec les portraits antérieurs de Pie VII par Jacques-Louis David (1805) et Vincenzo Camuccini (1814-1815) « les deux plus grands peintres de Paris et de Rome » à ses yeux (Williams, 1831, vol.II, p.194)
Le pape est assis sur la sedia gestatoria, trône de procession portable sur lequel on peut voir ses armoiries ainsi que sa devise: PAX (empruntés aux armoiries des bénédictins) (Olson, 1986, p.90) Il porte l’anneau du pêcheur gravé du sceau de Saint Pierre dans un navire (Williams, 1831, vol.II, p.187, 195). Il détourne son regard du spectateur, « comme si ses pensées vaquaient au-delà de la séance de pose » (Garlick, 1993, p.17).
Ce portrait met en valeur le mécennat pontifical: l’architecture que l’on aperçoit dans le fond évoque probablement le Braccio Nuovo, addition au musée Chiaramonti prévu par Pie VII, mais qui n’existait alors qu’à l’état de plan. Les statues que l’on peut voir ici – L’Apollon du Belvédère, le Laocoon, et une partie du torse de Belvédère – ne s’y trouvaient donc pas; leur présence souligne néanmoins leur retour aux collections vaticanes sous son pontificat. Ces objets qui, tout comme Pie VII lui-même, avaient été enlevés de Rome par la force, représentent à la fois « le statut de conservateur spirituel du pape » et « sa victoire sur Napoléon » (Ashton, 2006, p.36, 112). L’intervention politique des Britanniques permit d’assurer la restitution de la majorité des oeuvres volées; le commanditaire du portrait, le prince de Galles, avait lui-même contribué, par un don de deux cent mille francs aux coûts du transport de retour des oeuvres à Rome (Johns, 1998, p.159). Pie VII avait personnellement veillé à leur restitution (O’Dwyer, 1985, p.135).
Le document que tient le pape porte l’inscription Per/Ant° Canova, faisant de lui un lien entre la grande sculpture du passé et « le grand sculpteur du présent » (l’artiste était également un favori du prince de Galles (Levey, 2005, p.232) Ce papier pourrait avoir un rapport avec la nomination de Canova comme préfet des Beaux-Arts à Rome, ou peut-être avec son élévation au rang de marquis d’Ischia en 1816, en raison de la part qu’il avait prise aux négociations pour le retour des collections pontificales (Levey, 1979, p.71)
Le portrait du pape, montré à quelques spectateurs choisis au Quirinal avant le départ de Lawrence, acquit une renommée internationale. Un tel succès à Rome fit de Lawrence à Rome le Titien anglais (Millar, 1969, vol.I, p.74) (Source Simon Mac Donald)
