Mrs Siddons en muse de la Tragédie, Reynolds, 1789
by Vincent on mar.29, 2010, under PEINTURES ANGLAISES, REYNOLDS Joshua
Sir Joshua Reynolds (et son atelier), Mrs Siddons en muse de la Tragédie, 1789
Huile sur toile signée et datée sur l’ourlet de la jupe: « JOSHUA REYNOLDS PINXIT 1789 » , 239 x 147 cm
Londres, Dulwich Picture Gallery
Mrs Siddons (1755-1831) était une tragédienne qui devint rapidement à partir de 1782, une icône de la scène londonienne. Reynolds « m’honorait souvent de sa présence au Théâtre », raconta-t-elle (Siddons, 1942, p.19). Effectivement l’art et le théâtre de l’époque constituaient deux formes de spectacle « jouissant d’une relation symbiotique, toutes deux enrichies par le culte de la célébrité et l’enrichissant » (Perry, 2001, p.111).
Les portraits d’acteurs fonctionnaient à la fois comme des oeuvres d’art et des biens marchands » qui bénéficiaient tout autant l’artiste qu’au modèle » (Mc Pherson, 2000, p.405). Le nombre de portraits connus de Sarah Siddons, de l’estampe, à la sculpture et à la porcelaine, excède de loin celui de toute autre actrice britannique avant elle. Elle « était manifestement capable de comprendre au mieu les beaux-arts, de s’y intéresser et de les utiliser pour promouvoir sa carrière et son image publique » (Asleson, éd., 2003, p.4)
Ce tableau fut exposé à la Royal Academy en 1784, à un moment où le public était très désireux de voir des images de l’actrice (Asleson, éd., 1999, p.69). Il fut peint sans commande; le Public Advertiser déclara qu’il « devait appartenir à la collection du roi » (29 avril 1784). En fait, il ne trouva pas d’acheteur avant 1790, date à laquelle il fut acquis, par l’intermédiaire du marchand d’art et de collectionneur français Noël Joseph Desenfans, par Charles-Alexandre de Calonne, ancien ministre des Finances de Louis XVI, pour 700 guinées (il se trouve aujourd’hui à la Huntington Art Gallery de San Marino, California); la présente image est une réplique, datée de 1789, et semble avoir été acheté par Desenfans lui-même, en échange d’un tableau de Rubens. Il semble probable que l’oeuvre, bien qu’elle porte la signature de l’artiste, ait été peinte avec l’aide d’assistants (Mc Pherson, 2003, p.408; Postle, éd., 2005, p.222; Asleson, éd., 1999, p.129-140).
Réaction des critiques très enthousiastes et le tableau fut rapidement célébré comme « l’une des meilleures de ce grand maître, si ce n’est la meilleure » (Morning Chronicle, 17 mai 1784). Pour un autre, il s’agissait de « la plus distinguée de toutes les oeuvres modernes. Plus nous cherchons à la louer, plus nous sentons notre incapacité à lui rendre justice; nous laissons donc au spectateur admiratif le soin de ressentir en la voyant ce que nous ne pouvons écrire » (Morning Post, 5 mai 1784).
L’association faite par Reynolds entre l’actrice et Melpomène, muse de la Tragédie, ne constituait pas en soi une nouveauté, George Romney avait auparavant représenté par l’actrice Mary Ann Yates en muse de la Tragédie en 1771, avant de commencer au début de 1783 un portrait similaire de Mrs Siddons (Asleson, éd., 1999, p.64-70, repr.) En littérature William Russell avait publié en Mars 1783 un poème précurseur, La Muse tragique. Adressé à Mrs Siddons, qui décrivait « cette nouvelle Reine… sublimement assise sur le Trône tragique ».
« Lorsque je me rendis chez lui pour la première séance de pose, après encore bien plus d’éloges flatteurs que je n’ose en répéter, il me prit par la main, en disant: « Montrer sur le trône que nul ne peut vous disputer, et faites moi gracieusement présent de quelque grande Idée de la muse de la Tragédie. » Je montai les marches et m’assis immédiatement dans l’attitude qu’Elle présente aujourd’hui. Cette idée lui plut tellement que, sans un instant d’hésitation, il décida de n’y rien changer. » (Siddons, 1942, p.17).
En réalité, la composition a été très soigneusement élaborée et le récit de Mrs Siddons sujet à caution (Penny, éd., 1986, p.325). La source d’inspiration la plus probable pour la pose est le Saint Jean l’Evangéliste de Dominiquin (Glyndebourne, Sussex; Merz, 1995, p.517, repr.) Les Sibylles et les Prophètes de la chapelle Sixtine de Michel-Ange (en particulier Isaïe) constituent également des précédents. En recourant à ce genre de citations, Reynolds « élevait » le portrait d’actrice au rang de la peinture d’histoire, faisant de » son style de tragédienne l’égal du grand style en peinture » (West, 1991, p.114).
A gauche et à droite du personnage, on aperçoit deux figures (la 1ère tient une dague et la 2nd une coupe, deux des attributs de Melpomène); d’après Aristote, elles représentent la « Pitié » et « la Terreur ». Pour la position de cette dernière, Reynolds s’est semble-t-il inspiré d’une illustration de « la Frayeur » figurant dans la conférence de l’expression de Le Brun (traduite par John William en 1734); il paraît également avoir donné ses propres traits à « la Terreur ». En outre, l’oeuvre comporte la signature de Reynolds. lorsque Mrs Siddons fut invitée à voir le tableau de 1784 terminé Reynolds lui aurait déclaré: « Voici mon nom, car j’ai décidé de passer à la postérité sur l’ourlet de votre vêtement » (Siddons, 1942, p.18) (Source Simon Macdonald)
