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Mrs Abington, Reynolds, 1771

by Vincent on fév.15, 2010, under PEINTURES ANGLAISES, REYNOLDS Joshua

Sir Joshua Reynolds, Mrs Abington, 1771

Huile sur toile, 76 x 63 cm

New Haven, Yale Center for British Art

Ce portrait de l’actrice Frances Abington (1731-1815) fut présenté à la Royal Academy peu après avoir été peint, en 1771. On a toujours considéré qu’elle y posait sous les traits de Miss Prue, un second rôle d’une comédie de William Congreve, Love for Love (1695). Abington qui avait presque le double de l’âge requis, joua pour la première fois lors de la reprise de la pièce à Drury lane en décembre 1769, et continua de l’interpréter en 1770. Ainsi, lorsqu’elle vint poser pour Reynolds, le fit-elle sous les traits de son principal rôle de l’année précédente. Grâce à ce portrait, artiste et modèle pouvait exploiter l’intérêt durable du public (Cormack, 1983, p.114).

Il y a certainement dans la représentation de ce portrait une inspiration de Reynolds pour la scène VII de l’acte III où les chaises jouent un rôle clé.

« Cette ingénue issue de la campagne, une fois à Londres, tombe amoureuse d’un bellâtre, Monsieur Tattle. Il la rejette mais elle en tire une double leçon: elle est à présent attachée à un homme et il faut mentir pour survivre à Londres  » (Paulson, 1989, p.286)

La jeune Prue repousse un soupirant; « les chaises sont utilisées pour favoriser ou au contraire empêcher toute intimité », constituant des métaphores visuelles des jeux de séduction. Pourtant, la pièce ne mentionne pas qu’on s’appuie à un dossier de chaise comme dans le portrait de Reynolds  » qui donne l’impression que Miss Prue est seule » (Paulson, 1989, p.287-288). Si le peintre n’a pas voulu évoquer un passage précis de la pièce, l’attention portée aux vêtements prouve  » que c’est elle qui constitue le centre d’attraction » et non le personnage qu’elle joue: Reynolds montre que, tout comme Miss Prue, Mrs Abington était une femme douée d’un appétit pour les plaisirs sensuels et que son succès dans le rôle était lié à sa propre personnalité (Postle, éd., 2005, p.190).

Un position très innovante: quelques précédents dans des représentations masculines David Garrick (1764) d’Angelika Kauffmann ou L’homme assis au chapeau penché (vers 1660-1665) de Frans Hals, cette posture n’était pas utilisée dans les portraits féminins. Son inconvenance est aggravée par le fait que le pouce du modèle est proche de ses lèvres. La profession de Mrs Abington et la gaucherie caractéristique de Miss Prue peuvent excuser la vulgarité du geste. Ici, Reynolds a « renoncé à son sens des convenances pour s’adapter à son modèle » (Cormack, 1983, p.114) La chaise a été rapprochée d’un modèle produit à l’époque par Thomas Chippendale (Penny, éd., 1986, p.246).

Comme la plupart des comédies de la Restauration, la pièce de Congreve devait être représentée au XVIIIè siècle en costumes du temps (Ribeiro, 2003, p.108). On voit Mrs Abington, les cheveux poudrés, portant une robe de soie rose ornée de broderies et agrémentée d’un tablier blanc; l’attention portée aux textures est également évidente dans le pimpant petit chien de manchon (peut-être un accessoire fourni par l’artiste). Les bracelets de soie noire soulignent la blancheur de la peau et mettent en valeur « les gestes élégants de ses mains, particulièrement utiles chez une actrice » (Ribeiro, 1995, p.65). La robe que porte Mrs Abington reflète son goût prononcé pour la mode. W. von Archenholtz qui visita l’Angleterre ces années-là, nota qu’elle « se faisait constamment conduire dans la capitale pour donner son avis sur les modes du jour. On l’appelle comme un médecin et on la récompense comme une artiste. »

Mrs Abington est lors de la représentation de ce portrait est à l’apogée de sa carrière.

Née pauvre, elle devint successivement « vendeuse de fleurs puis prostituée et enfin doyenne de la scène londonienne » (Postle, 2003, p.46). Elle épouse en 1759 James Abington, l’un des trompettes du roi, mais en vint très rapidement à lui verser une pension à condition qu’il la laissât tranquille; elle devint la maîtresse d’un membre du Parlement irlandais, James Needham, qui lui fit un legs généreux à sa mort en 1765. Reynolds l’avait rencontrée l’année précédente et fut apparemment l’un des modèles les plus réguliers de l’artiste (Mannings et Postle, 2000, vol.1, p.55). Elle paya rapidement la facture de 35 guinées pour son portrait en Miss Prue ( le prix était celui que demandait Reynolds à cette date pour un tableau de cette taille, cadre compris; Cormack, 1983, p.114).

L’artiste et l’actrice se sont rencontrés également à Paris. En effet, Abington souhaitait toujours vivement que les personnes de distinction viennent assister à ses soirées de représentations charitables et Reynolds et ses amis membres du Literary Club « manquaient rarement ces occasions » (Northcote, 1815) (Source Simon Macdonald)

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