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Les soeurs Montgomery: trois femmes ornant un terme de l’Hymen, Reynolds, 1773

by Vincent on fév.08, 2010, under PEINTURES ANGLAISES, REYNOLDS Joshua

Joshua Reynolds, Les soeurs Montgomery: trois femmes ornant un terme de l’Hymen, 1773

Huile sur toile, 234 x 295 cm

Tate Gallery, Londres

Ce sont les trois filles de William Montgomery (devenu baronnet en 1775) et de Hannah Tomkyns: Barbara (vers 1755-1788), Elizabeth (1751-1783) et Anne (vers 1752-1819). Barbara est agenouillée près d’une corbeille de fleurs et tient le bas d’une guirlande. Elizabeth se redresse pour élever la guirlande jusqu’à Anne, qui, debout, la remonte afin d’orner une statue de l’Hymen, dieu grec du mariage, qui les surplombe.

Ce tableau pour un riche irlandais, Luke Gardiner (1745-1798), qui épousa Elizabeth Montgomery. Au moment où il acquit cette oeuvre pour quatre cent cinquante guinées, il s’était déjà révélé un important mécène. Alors qu’il était à Rome pendant son Grand Tour de 1770-1772, il avait commandé une peinture d’histoire à Gavin Hamilton. Il fut élu en 1773 membre de la société de Dilettanti, cercle fermé de connaisseurs dont Reynolds était l’un des plus illustres; la même année, il devint membre du Parlement irlandais (Coleman, 1999, p.163-164).

Gardiner dont Reynolds avait peu de temps auparavant fait le portrait, voulait une image:

« montrant un sujet emblématique ou historique; dont l’idée ou les attitudes qui conviendront le mieux à leurs formes, ne sauraient être mieux imaginées que par quelqu’un qui s’est aussi éminemment distingué par son génie et son inventions poétiques ».

Quelques mois après, Reynolds lui répondit devant le portrait déjà avancé:

« Vous avez déjà été informé, je n’en doute pas, du sujet que nous avons choisi; la décoration d’un terme de l’Hymen avec des festons de fleurs. Il offre suffisamment d’emploi aux personnages et donne la possibilité d’introduire plusieurs attitudes historiques gracieuses. J’ai toutes les raisons de m’appliquer à cette occasion… Je me flatte que, si inférieure que soit cette peinture par rapport à ce que je voudrais, ou même à ce qu’elle devait être, ce sera la meilleure que j’aie jamais produite… » (Northcote, 1813, p.185-187)

Choisir pour sujet de ce tableau l’hommage rendu au dieu Hymen convenait parfaitement à la commande de Gardiner, d’autant que ses belles-soeurs était d’âge nubile. (De fait, huit jours avant que Gardiner n’écrive à Reynolds pour cette commande, Anne Montgomery s’était mariée, devenant vicomtesse Townshend) Sur le tableau, les soeurs sont figurées en fonction de leur proximité avec le mariage. Les critiques de l’époque le notèrent lorsque la peinture fut exposée à la Royal Academy en 1774: « la dame mariée joue le rôle principal; la seconde (qui était alors sur le point de se marier et est devenue depuis Mme Gardiner) lui prête son aide de loin, et la dernière leur fournit les fleurs » (Morning chronicle, 28 avril 1774). (Barbara Montgomery se maria plus tard cette même année)

Le thème choisit par Reynolds pour cette oeuvre permettait un portrait narratif tout en opérant à un niveau plus général. Comme le peintre le déclara plus tard:

« Si la peinture allégorique produit une plus grande variété de beauté idéale, une composition plus riche, plus divers et plus plaisante et offre à l’artiste plus de chances de faire preuve de son habileté, tout ce qui l’intéresse est accompli » (Pointon, 1997, p.60)

Ainsi les vêtements pseudo-classiques des femmes sont délibérément génériques. Les habits flottants attirent l’attention sur le corps féminin « naturel »; le fait que les femmes soient placées ici dans un paysage suggère un lien symbolique entre la féminité et la nature (Perry, 1994, p.29). Comme l’affirmait une critique en 1774:

« Alors que certains artistes peignent uniquement pour notre temps et notre nation, lui peint pour tous les temps et pour toutes les nations et peut dire à juste titre, avec l’artiste de l’Antiquité, In aeternitaten pingo » (London Chronicle, 7-10 mai 1774; voir Postle, éd., 2005, p.23).

Le recours à un contexte allégorique ancrait le tableau dans une tradition iconographique. Reynolds lui-même avait déjà usé de l’idée d’une guirlande et d’une statue d’Hymen dans le portrait d’une femme isolée, Elizabeth Keppel (1761-1762); lorsqu’il songea à sa beaucoup plus ambitieuse entreprise pour Gardiner, la Proserpine ornant la statue de Cérès de Joseph-Marie Vien, montrée au Salon de 1763 à Paris, constitua sans doute un autre modèle (Penny, éd., 1986, p.262, p.350-352). Parmi les nombreuses sources proposées pour la pose de lady Townshend, Le Triomphe de Pan de Poussin, qui comporte lui aussi l’ornementation d’un terme avec des festons, s’est imposé (Gombrich, 1942; Mannings et Postle, 2000, vol.I, p.340-341).

On a conservé deux esquisses liées à ce tableau. Etant donné que la lettre de Reynolds à Gardiner semble prouver que ce dernier n’eut aucun rôle dans le choix de la composition, elles furent probablement préparées soit pour solliciter l’approbation des modèles, soit pour aider l’artiste (Penny, éd., 1986, p.328-329. (Source Simon Macdonald)

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