Le lieutenant Richard Mansergh St Georges, Hamilton, vers 1796
by Vincent on mar.08, 2010, under HAMILTON Hugh Douglas, PEINTURES ANGLAISES
Hugh Douglas Hamilton, Le Lieutenant Richard Mansergh St George, vers 1796
Huile sur toile avec une inscription sur la tombe: « NON IMMEMOR », 228 x 146 cm
Dublin, National Gallery of Ireland
Tableau commandé à la mort de l’épouse du modèle montrant donc un mari désespéré, dans son uniforme de la cavalerie, s’appuyant sur la tombe de sa défunte femme qui porte l’inscription « NON IMMEMOR » (« non oubliée »).
Sa tête est appuyée sur sa main, son casque posé à terre, et des cyprès – symbole de la mort et du chagrin – visible à l’arrière-plan; on aperçoit derrière eux une lointaine étendue et ce qui pourrait être un île.
Le modèle est le descendant d’une famille de la noblesse terrienne anglo-irlandaise; il fut éduqué à la Westminster school, à Middle Temple et au Trinity College de Cambridge, ajoutant le St George final à son nom en 1774 lorsqu’il hérita du côté de sa mère.
Portrait commencé certainement après qu’il soit nommé lieutenant au 18è régiment des dragons puisqu’il est représenté dans l’uniforme de ce corps. Ce tableau présenté à Dublin pour la première fois e n1801, reçut un accueil favorable des critiques.
On peut retrouver cette pose dans un pastel que Hamilton réalisa et qui commémorait Jonas Brooke (Figgis et Rooney, 2001, p.179) et d’autres artistes comme Wright of Derby avec Dorothy Gell de Hopton conçu en 1786 ont des attitudes similaires et même une sculpture funéraire de Canova, ami d’Hamilton préfigure cette pose. (Cullen, 1983, p.418; Cullen, 1997, p.107).
L’artiste et le modèle se connaissaient sans doute depuis longtemps et ce dernier s’intéressa toute sa vie aux arts. Il fut lui-même artiste amateur. Gainsborough a réalisé un portrait de lui commémorant son départ pour la guerre d’indépendance américaine (Myronne, 2005, p.237-239). Il fut grièvement blessé à Germantown en 1777: une balle de mousquet qui vint se loger dans son crâne et il dut subir une trépanation. Invalide, il épousa Anne Stepney, en 1788; des fils naquirent de cette union en 1789 et 1791. Romney peignit un portrait de la mère avec son fils aîné peu après qu’elle fut prévenu des symptômes fatals qui allait l’emporter (Cullen, 2000, p.50). Elle mourut le 22 Août 1792.
Ce portrait accoudé à la tombe, la tête dans ses mains suggèrent non seulement la mélancolie, mais aussi la douleur permanente provoquée par sa blessure ancienne. Une blessure qui ne fut jamais guéri comme il fut noté en 1788. Hamilton fit deux autres portraits de Mansergh où l’un deux montre que celui-ci se couvrait le crâne à l’aide d’un bonnet.
L’instabilité psychologique de Mansergh fut l’un des effets à long terme de sa blessure. Un de ses camarades officiers en Amérique le décrivit comme un homme « tout à fait fou au combat »: « J’ai souvent pensé, déclara-t-il, que St George souhaitait être blessé » (Hunter, 1894, p.21-22). Avant même qu’il soit touché, sa conduite s’était révélée « quelque peu étrange ». La mort de sa femme semble l’avoir déstabilisé encore; son chagrin « fut sans limite et presque sans exemple » (« H.O. », 1798, p.98).
Le veuf désespéré écrivit à l’une de ses connaissances, l’artiste Henry Fuseli: « Crises de convulsions… hallucinations nocturnes et visions abominables… délires subits. » Il suggéra alors une catharsis tout aussi peu ordinaire: la création par Fuseli d’une image qui montrerait l’horrible pouvoir de son angoisse. Ainsi, « vous ayant en quelque sorte transféré cette image, elle cessera de me hanter ». Il ajoutait une idée un peu étrange à savoir que le tableau serait enfermé dans une pièce que ses fils ne découvriraient qu’après sa mort (Cullen, 2000, p.50,48). Mais il semble que cette lettre n’ait jamais été terminé ni envoyé.
Les circonstances de la mort du modèle – tué brutalement alors qu’il s’était hasardé à aller en personne calmer les troubles dans une partie reculée de ses domaines – attestent de nouveau de son courage irréfléchi, mais peut-être aussi de son déséquilibre mental latent. Comme le nota, un chroniquer qui vit le tableau à l’exposition de 1801, le mélancolique portrait de Hamilton devient rétrospectivement plus touchant encore en raison « du souvenir de la choquante et récente fin de son existence aux mains de ses assassins. » (Source Simon Macdonald)
