La famille Strode, Hogarth, vers 1738
by Vincent on août.24, 2009, under HOGARTH William, PEINTURES ANGLAISES
William Hogarth, La Famille Strode, vers 1738
Huile sur toile, 87 x 91,5 cm
Tate Gallery, Londres, Don du révérent William Finch, 1880
- Dans cette oeuvre magnifiquement peinte mais beaucoup remaniée. Hogarth réduit le portrait de « conversation » à ses éléments essentiels. Loin des foules chorégraphiées et des intérieurs très chargés de la Réception à Wanstead, ou même des Enfants jouant de la comédie, nous avons ici cinq personnages assis dans un intérieur raffiné mais sobre, qui commercent avec beaucoup de distinction. Le personnage le plus en évidence, à gauche de la table est William Strode, le commanditaire du tableau, qui – comme ceux des deux toiles précédentes-, doit ses fortunes à ses activités dans la City.
- Il se penche vers son vieux précepteur, le docteur Arthur Smyth, qui l’ a accompagné à Venise, quelques années plus tôt et qui tient un livre ouvert dans sa main droite. De l’autre côté de la table se trouve la nouvelle femme de Strode, anciennement Lady Anne Cecil. Le majordome de la famille, Jonathan Powell, remplit la théière. Sur la droite, on distingue le colonel Samuel Strode, frère de William, qui se tient près de la porte avec une certaine raideur, une canne à la main. Les deux chiens, de part et d’autre de la toile, se surveillent du coin de l’oeil.
- Tout en commémorant le mariage récent de Strode, cette toile rend hommage à la culture et à l’érudition du commanditaire. (On notera les rangées de livres sur les rayonnages, et les trois tableaux italiens au mur, dont une vue de Venise au dessus de Lady Anne). Mais surtout, elle illustre une sorte de quintessence de l’idéal de politesse, ou plutôt, le moment qui précède immédiatemment la concrétisation de cet idéal. La politesse est propice à la conversation et encourage certains rituels sociaux comme le thé, qui réunit en un tout harmonieux des personnages différents par leur tempérament et leur origine, et qui suspend temporairement toute notion de rang dès lors que tous les participants font preuve d’un minimum de raffinement et de culture.
- Dans cette scène, Strode lui-même transforme ce groupe quelque peu fragmenté en une unité policée: on peut l’imaginer demandant aimablement à son ami roturier d’abandonner sa lecture – pass-temps louable mais antisocial -, de rapprocher sa chaise et de partager avec ses compagnons les plaisirs de la conversation et du thé. Lady Anne, un peu guindée, sourit d’un air absent, une tasse de thé à la main, en attendant que la conversation s’engage. Sans doute s’animera-t-elle alors. Pendant ce temps le colonel reste sur un quant-à-soit; il semble attendre que Smyth rejoigne la table pour prendre place – à l’invitation de son frère- dans la chaise jaune vide à côté de Lady Anne. Dès qu’il sera assis, il pourra abandonner son rôle public d’officier de l’armée pour entrer dans le domaine plus intime et plus décontracté de la conversation polie.
- Dans ce tableau, et contrairement à d’autres comme Réception à Wanstead, l’idéal de politesse n’exclut pas le domestique. Bien que clairement subalterne par sa position dans l’image, Powell occupe néanmoins sa place dans le demi-cercle de figures rassemblées autour de la table, signe supplémentaire, s’il en faut, de la bonté personelle de Strode et de son ouverture d’esprit. Sans doute cette ouverture aux autres s’étendra-t-elle aussi aux chiens qui, comme leurs maîtres, semblent attendre qu’on les invite à s’approcher.
