La Famille Jones, Hogarth, vers 1730
by Vincent on août.24, 2009, under HOGARTH William, PEINTURES ANGLAISES
William Hogarth, La Famille Jones, vers 1730
Huile sur toile, 72 x 91,8 cm
National Museum Wales
Dans un ouvrage sur l’art de la conversation publié en 1731, John Taperell explique que:
« L’agrément de la conversation (…) réside pour la plus grande part dans les tours et les méandres joyeux de l’esprit ».
- L’esprit, tant qu’il ne tombe pas dans la vulgarité, est un lubrifiant essentiel dans une société policée, et Hogarth l’introduit discrètement dans sa peinture de genre, notamment en établissant de fréquentes comparaisons entre des humaines et des chiens.
- Dans la Famille Jones, il s’accorde une liberté comique inhabituelle en opposant les attitudes et les comportements distingués des figures du premier plan et les activités plus triviales des personnages rustiques de l’arrière-plan.
- Ce tableau commandé par Squire Robert Jones, propriétaire de Fommon Castle au Pays de Galles, représente le maître de maison, ses trois frères et soeurs et sa mère veuve comme s’ils faisaient une halte au cours d’une promenade sur leur propriété. La vieille de Mrs Jones médite seule, dans une attitude qui sied à une veuve, appuyée contre une fontaine classique et jouant nonchalamment avec son épagneul. Sir Oliver et Elisabeth (frère et soeur) ont un rôle relativement passif et innocent. (ils sont assis près d’un cours d’eau et tiennent une corbeille de fleurs sur leurs genoux). Jones et sa soeur aînée Mary occupent une position plus autoritaire et dynamique, comme s’ils commentaient ce qui se passe autour d’eux.
- De ce point de vue, on peut se demander si la main droite tendue de Mary dirige notre regard et celui de Squire vers le tableau pastoral et idyllique que forment sa jeune soeur et son frère, ou vers le figures plébéiennes qui occupent l’espace entre les deux groupes: le domestique espiègle qui se bat avec un singe, les paysans qui font les foins ou se reposent dans le champ à distance et, surtout, le couple qui fait l’amour sur une meule de foin.
- Par leur sourire, Mary et Robert Jones nous montre qu’ils sont conscients de la distance comique qui sépare la version polie de la pastorale jouée par la famille (les deux femmes portent des chapeaux de bergère), et la version plus terrienne des rituels du travail et du plaisir. Si l’association du singe (figure satirique traditionelle de l’imitation vaniteuse) et du garnement ébouriffé (affublé d’une livrée de domestique) souligne le fossé impossible à combler entre la culture plébéienne et la culture policée, l’ensemble du tableau exprime néanmoins une vision positive de la cohabitation sociale.
- La Famille Jones nous dit que les rythmes anciens du travail, du repos, du jeu et du sexe continueront de structurer le paysage rural sous le regard bien attentif et bienveillant des propriétaires terriens, qui eux, jouissent des attributs traditionnels de l’autorité foncière ( on notera la silhouette de Fonmon Castle à l’horizon) et incarnent les comportements modernes et raffinés de l’urbanité.
