Gertrude Alston, future lady Alston, Gainsborough, vers 1761-1762
by Vincent on fév.12, 2010, under GAINSBOROUGH Thomas, PEINTURES ANGLAISES
Thomas Gainsborough, Gertrude Alston, future lady Alston, vers 1761-1762
Huile sur toile, 228 x 168 cm
Paris, Musée du Louvre
Le modèle est debout devant des frondaisons denses et particulièrement sombres; un vase décoratif dans la lumière scintillante du soleil montre que la scène se situe dans un jardin paysager. Gertrude Alston détourne son regard du spectateur et a les bras repliés. (même pose utilisée précédemment dans un dessin de sa fille Mary= position bienséante) (Rosenthal et Myrone, éd., 2002, p.156-157)
Dans les années 1760, Gainsborough est à Bath, station thermale qui constituait une destination de villégiature appréciée de la haute société. La date de création ainsi que le contexte de la commande demeure inconnus. Cependant le portrait nous éclaire sur la pratique de Gainsborough à cette date. Il semble avoir été peint au moins en partie sous une lumière artificielle, combinée à une lumière naturelle contrôlée.
« souvent produit à la lumière des bougies et généralement avec beaucoup de force et de ressemblance »; « l’atelier de Gainsborough n’avait presque pas de lumière, même pendant la journée (une sorte de crépuscule assombri) »; « pendant les séances de pose, on avait peine à distinguer les modèles de leur représentation sur la toile » (souvenir de Ozias Humphrey, artiste de la région) (Sloman, 2002, p.57-58)
A ses débuts à Bath, Gainsborough décida de se consacrer à un programme d’étude intensive de la copie: entraînement à la peinture et à user de draperies à la manière de Van Dyck en particulier, et que cela à influencer la mise au point de son propre style d’une manière évidente dans le portrait de lady Alston (Rosenthal, 1799, p.42-44). Naturellement, Van Dyck constituait de bien des façons un modèle prometteur pour un artiste qui espérait séduire une élite de mécènes.
Au même moment, le succès de Joshua Reynolds avec les nouvelles draperies « classiques » de ses modèles féminins montre un Gainsborough à contre-courant d’une mode prégnante. L’un des avantages revendiqués pour les costumes dans le style Reynolds était leur « intemporalité », qui transcendait les caprices de la mode. L’image de Gainsborough, en revanche, comme l’a observé un historien du costume, illustre un changement dans la mode féminine: Gertrude Alston, comme d’autres femmes audacieuses, semble avoir choisi de ne pas porter de robe à cerceaux. Les bras repliés sont littéralement un geste de convenance, puisqu’ils soulèvent une partie du tissu de la robe qui, autrement, pourrait traîner trop loin derrière elle.
« Elle porte un manteau de soie crème, avec un corset assorti à son jupon de soie ruchée vert de mer; les plis de la soie sur la jupe donnent une apparence légèrement inégale et ajoutent un peu d’ampleur, produisant l’apparence gonflée que les cerceaux avaient si longtemps maintenue »(Ribeiro, 1995, p.62-64)
Gertrude Durnford était la fille du révérend Thomas Durnford, recteur de Rockbourne et Whitbury dans le Hampshire (Cresswell, 1995, p.362). Elle épousa Rowland Alston (vers 1726-1791), officier au 1er régiment des Gardes, le 22 septembre 1753. Nous ignorons les circonstances de leur mariage, même si le fait qu’il soit mentionné dans la presse suggère qu’il se passait dans des sphères relativement élevées. On ne sait si leur mariage à la chapelle de St George de Mayfair, où avaient lieu des noces « clandestines », à une signification; les cérémonies qui y prenaient place, tout en étant légalement valides, n’obligeaient pas à avoir une licence ou à publier les bans, ni à obtenir le consentement des parents (Gainsborough lui-même, incidemment, s’y était marié en 1746; sa future, Margaret Burr, était enceinte au moment de leur mariage).
Le superbe cadre était normalement prévu pour recevoir un portrait de Madame de Pompadour et contenait à l’intérieur ses armoiries et le cartouche sommital fut donc repris au XIXème pour présenter celle de la famille Alston.(Source Simon Macdonald)
