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Brooke Boothby, Wright of Derby, 1781

by Vincent on avr.06, 2010, under PEINTURES ANGLAISES, WRIGHT of DERBY Joseph

Joseph Wright of Derby, Brooke Boothby, 1781

Huile sur toile signée et datée à droite sur le trône de l’arbre: « I.WRIGHT PINX./1781« 

Londres, Tate Gallery

Héritier d’un titre de baronnet Brooke Boothby (1744-1824): un homme à la mode et de bon ton » et son costume ici le prouve = court gilet croisé, manches de redingote  » si serrés pour suivre la mode qu’il fallait les déboutonner aux poignets » pour permettre aux bras de bouger. (Ribeiro, 1995, p.48)

Mais sa pose est peu conventionnelle; les portraits montraient généralement les modèles masculins debout. (référence Edward Herbert d’Isaac Oliver, miniature de l’époque jacobite gravée en 1764) = même attitude et même mélancolie. Le bras supportant la tête constituait « un motif traditionnel de la réflexion mélancolique » dans la sculpture funéraire par exemple – et le portrait de Boothby « illustre délibérément son érudition et ses prédilections intellectuelles » (Cummings, 1968, p.600-663).

Liens avec oeuvres antérieures de l’artiste: esquisse de 1774 où pose est identique. Mais bien évidemment la plupart des portraits allongés représentaient des femmes comme Lady Howard par Sir Godfrey Kneller. La peinture souligne la courbe du corps d’une manière quelque peu ambigüe sexuellement (West, 2004, p.160-161).

Des sources littéraires: L’Anatomie de la Mélancolie de Robert Burton (1638)  » il est fort plaisant… pour ceux qui s’adonnent à la mélancolie… de marcher seuls dans un vallons solitaire, entre bois et eau, près d’un ruisseau pour méditer » – jusqu’au roman rousseauiste de Mackenzie, L’Homme de sentiment (1771), dont le héros  » se couche pour dormir… au bord d’un petit ruisseau…allongé sur le sol, la tête reposant sur son bras ».

La clé de l’image est l’oeuvre que tient le modèle où l’on peut voir écrit Rousseau car Boothby était l’un des rares Anglais que Jean-Jacques Rousseau supportât (Mitchell, 2004, p.328), il rencontra notre modèle lors de son exile à Wootton Hall dans le Derbyshire. Rousseau est mort en 1778 et ce tableau commémore le chagrin de Boothby, lors de cet évènement il écrivit:

« Il m’afflige au-delà de toute mesure. Pour un être dont tous les passions ne concernent que peu d’objets, la perte de l’un d’entre eux est lourdement ressentie… Je crois que tout ce qu’il me restait d’enthousiasme était concentré sur ce seul point » (Leigh, 1984, p.67-68)

Paris, 1776, Rousseau confie à Boothby un manuscrit qu’il souhaite voir publier = 1er dialogue de son Rousseau juge de Jean-Jacques et le modèle le fit à ses frais en 1780. En septembre, il commanda le tableau de Wright, il fut donc connu devant la Royal Academy comme éditeur des oeuvres posthumes du philosophe. (Public Advertiser, 2 Mai 1781). Le tableau n’est pas un « simple portrait mais une proclamation » des liens entre les deux hommes – Rousseau considérant comme un devoir sacré la publication de son texte . L’ouvrage constitue une réflexion de Rousseau sur ses propres oeuvres, le décrivant comme « le portraitiste de la nature de l’historien du coeur humain », enseignant à ses lecteurs à trouver en eux-mêmes  » la joie et le bonheur que d’autres cherchent si loin d’eux-mêmes ». C’est ainsi que le gilet est « laissé déboutonné pour mieux montrer la sincérité transparente de son coeur » (Shama, 2002, p.21); de même par un effet calculé, « l’index de l’une des mains de Boothby est dirigé vers le nom de l’auteur tandis que celui de l’autre montre sa tempe, pour souligner le fait qu’il réfléchit aux idées de son mentor » (Shawe-Taylor, 1990, p.77)

Dans ce qui pourrait constituer un double jeu de mots liant les deux hommes à la nature, Brooke (ruisseau en anglais) Boothby lit Rousseau près d’un ruisseau (Rosenthal, 1999, p.244). L’une des occupations de Rousseau durant son séjour en Angleterre, qu’il partagea avec l’Anglais, fut la botanique; dans l’esprit de l’auteur, il s’agissait d’une activité plaisante permettant d’apprécier la nature – intérêt qui convenait à un homme de loisirs doué de sensibilité – plutôt que d’étudier les plantes pour leurs vertus médicinales. La représentation en habit à la mode dans une position inhabituelle entend donc « souligner en cet aristocrate l’incarnation de la botanique en tant qu’activité de loisir ». Cependant, un jeu visuel place le modèle près de plantes identifiées comme des violettes odorantes et de la ficaire, connues toutes deux pour leur valeur  pharmacologique. Le fait que le tableau dépeigne des fleurs médicinales, donc utiles, suggère que le lien tracé entre Rousseau et Boothby est mis en cause par « la subtile ironie » de Wright. L’humour visuel va plus loin, encore, ces plantes étant associées à un usage purgatif: un traitement de la mélancolie (Graciano, 2002, p.101-109).

L’image de Wright, tout en reconnaissant avec humour les tensions entre l’homme à la mode et l’homme de nature, traduit la volonté de portraituré de s’afficher comme un citoyen du monde idéal de Rousseau. (Source Simon Macdonald).

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