Le Blasphémateur et La Punition des voleurs, Blake, vers 1800 et vers 1824-1827
by Vincent on juil.16, 2010, under BLAKE William
William Blake, Le Blasphémateur, vers 1800
Crayon et aquarelle sur papier, 38,4 x 34 cm
Londres, Tate Gallery
William Blake, La Punition des voleurs, vers 1824-1827
Crayon, plume et encre et aquarelle sur papier, 37,2 x 52,7 cm
Londres, Tate Gallery
L’aquarelle Le Blasphémateur appartient à une série inspirée de la Bible, réalisée au tout début du XIXè siècle à la demande de Thomas Butts, l’un des principaux mécènes de Blake. D’après une inscription portée sur le montage ancien, la source serait le livre de Lévitique (XXIV, 10-23), et plus précisément le passage qui traite de la Loi du Talion et du châtiment du blasphème: « celui qui blasphème le nom du seigneur sera mis à mort: toute la communauté le lapidera (…). Si un homme frappe à mort un être humain, quel qu’il soit, il sera mis à mort. » Il a été aussi proposé de reconnaître dans cette aquarelle une illustration du livre de Josué (VII 18-25), lorsque Akan est lapidé par le peuple d’Israël pour avoir volé.
La brutalité du châtiment est ici renforcée par le schématisme de la composition qui voit, autour du corps renversé du supplicié, se répéter les figures des patriarches barbus de manière quasi symétrique. Cette interprétation toute personnelle des Ecritures est exemplaire de l’art visionnaire de Blake. Loin d’une quelconque tentative de narration, il atteint à une grande expressivité par un graphisme sobre qui emprunte ses traits aux modèles de l’Antiquité et de la Renaissance.
L’aquarelle de La Punition des voleurs, inspirée du célèbre poème de Dante, offre un autre aspect de l’originalité de l’artiste. Poète lui-même, Blake consacra à l’illustration de la Divine Comédie ( Publié pour la première fois en 1472) plus d’une centaine aquarelles, toutes réalisées dans les trois dernières années de sa vie. Il s’agit ici du 24ème chant de l’Enfer au cours duquel Dante, guidé par Virgile, pénètre dans l’avant-dernier cercle avant d’atteindre le purgatoire. Ils observent alors la fosse où sont châtiés les voleurs:
« un terrible amas de guivres, de serpents (…). Parmi ce repoussant et cruel grouillement couraient des gens nus et épouvantés (…). Leurs mains par des serpents étaient liées au dos (Henri Longion, Paris, Bordas, « Classique Garnier », 1989, p.120)
Curieusement, chez Blake, ce ne sont pas les serpents les plus effrayants. Leurs formes longilignes bariolées et leurs grosses têtes aux yeux globuleux fixant avec gourmandise leurs victimes les rendraient presque comiques. En revanche, les corps nus des condamnés – dont on notera qu’ils sont en majorité féminins -, en remplissant l’espace jusqu’à l’étouffement, offrent un spectacle bien plus terrible. La douleur les fait se contorsionner à la manière des reptiles tandis que leurs chairs lavées de gris et l’ambiance froide, à peine bleutée, comme privée de lumière, suggèrent la mort et la damnation éternelle. (Source Marie Anne Dupuy-Vachey Historienne de l’art)

